Le château de Montségur

Le château s’élève au sommet d’un pic, ou pog à 1207 m d’altitude entouré de pentes abruptes, sauf au sud où il est relativement accessible. Il est situé sur la commune de Montségur, dans le département de l’Ariège et la région Midi-Pyrénées.

Le château se compose essentiellement de deux parties : une cour et un logis-donjon à l’est.

La cour, dont le tracé suit au plus près le contour de la plate-forme rocheuse sommitale du pog, est entourée de murailles épaisses d’environ 2,50 m et hautes par endroits de 15 m. Elles sont bâties en appareil moyen de calcaire, sans flanquement niarchère, mais leurs bases sont talutées. Trois escaliers à volée droite, ménagés dans l’épaisseur des murs, permettent l’accès au chemin de ronde en partie conservé. Remarquons la présence des trois premières marches, demeurées intactes, dont le profil est tout à fait identique à d’autres exemples analogues situés à Peyrepertuse. Le front oriental se caractérise par un « mur-bouclier » d’une épaisseur de 4 m, au sommet duquel sont conservées des rainures d’encastrement de poutres d’un platelage ou de hourds. Un examen attentif du parement extérieur montre qu’une série de corbeaux, aujourd’hui recépés au niveau du parement, se situait à l’aplomb des boulins et servait d’appui à des aisseliers ou consoles en charpente soutenant la saillie des poutres. Il y a deux portes restaurées. La plus large au sud-ouest était défendue par une bretêche dont les corbeaux subsistent. L’autre, au nord-est, ne conserve pas de défense particulière. Très classiquement, des bâtiments s’appuyaient au revers des courtines, délimitant ainsi une courette : les vestiges de murs trouvés lors des fouilles et les nombreux trous de boulins ménagés au revers des courtines l’attestent.

Le logis-donjon, situé au nord-ouest, était, du côté de la cour, accessible par une porte haute donnant sur une plate-forme en charpente soutenue par trois boulins et autant de corbeaux. Cette dernière était vraisemblablement reliée au chemin de ronde. En outre, la trace de l’engravure d’un solin, perceptible sur le parement, fait penser qu’une couverture protégeait l’ensemble. Au niveau bas du donjon de plan rectangulaire, autrefois voûté en berceau brisé, subsistent une citerne et une salle défendue par cinq archères. Un escalier en vis, ménagé dans l’angle sud-ouest, accédait au premier étage, où se trouve la grande salle éclairée par quatre fenêtres à coussièges. On y remarque aussi la porte déjà évoquée et une cheminée dont les vestiges subsistent dans la hauteur du mur sud. A l’emplacement de la brèche du pignon est se trouvait peut-être un accès direct depuis l’extérieur. Notons que les fouilles effectuées naguère ont recueilli des éléments de tuiles plates, mais il n’a pas été possible de retrouver quelle partie du château elles recouvraient. Dans son état actuel, le château semble avoir été rebâti entre la seconde moitié du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle.

Situé en Pays d’Olmes sur le front nord-pyrénéen, à 1200 m d’altitude, le château est enchâssé dans un paysage aux caractéristiques très fortement montagnardes. Vers le nord, il surplombe le piémont où les chaînons calcaires du Plantaurel et les collines mollassiques ne dépassent guère 600 m d’altitude. Du côté sud, il est dominé par la masse de la montagne de Tabe, culminant à 2368 m au pic de Soularac. Le climat est ici principalement océanique et montagnard mais avec des influences méditerranéennes ; la position avancée du massif de Tabe entraîne de forts contrastes et des précipitations abondantes (950 mm/an à Bélesta, 1320 mm/an à Montségur). Cette situation est propice à la forêt, qui est l’élément le plus marquant du paysage du Pays d’Olmes. Elle couvre près de 60% de l’espace sur le front montagnard, et jusqu’à 70% sur la bordure du Pays de Sault où le sapin constitue l’essence dominante. La qualité paysagère du site de Montségur est fortement liée à une spécificité géologique commune à pratiquement tous les autres châteaux inclus dans le projet.

Le château est implanté sur un piton, particulièrement abrupt du côté nord (le « pog »), composé de calcaires compacts du secondaire (ici urgo-aptien), qui générèrent partout des reliefs de failles, gorges et falaises. Dans ce cas précis, le site est en plus celui d'un chevauchement le long de la grande faille nord-pyrénéenne, qui a soulevé des écailles calcaires au contact du massif ancien du Tabe-Saint Barthélémy. L'écaille de Montségur en est la plus spectaculaire, surplombant la vallée de plus de 500 mètres. La position surplombante du site de Montségur offre au nord, vers la plaine, un panorama exceptionnel dont l’horizon est la Montagne Noire, à près de 70 km. Au premier plan se dessine les chaînons successifs des montagnes boisées sous-pyrénéennes, puis le Plantaurel et les villes de Lavelanet et Laroque d’Olmes. Les collines aquitaines et les Corbières occidentales sont pleinement visibles au nord-est, tandis que le regard porte au nord-ouest jusqu’à la plaine de l’Ariège.

Interrogé le 30 avril 1244 par l’inquisiteur dominicain Ferrer, Raymond de Péreille assure qu’une quarantaine d’années auparavant, il a reconstruit le castrum de Montségur, « qui était alors à l’état de ruine », et qu’il l’a fait à la demande pressante des dignitaires de l’Église cathare présents à Mirepoix. En réalité, ce « Montségur I », comme historiens et archéologues ont pris l’habitude de désigner cette place-forte antérieure à celle qui abrita pendant quarante ans la haute hiérarchie cathare (« Montségur II »), n’a laissé aucune trace écrite ni aucun vestige archéologique. En admettant qu'un premier Montségur (en ruines en 1204) ait coiffé le pog avant la fin du XIIe siècle, on ne peut l'imaginer que comme simple poste militaire, « coupé de tout environnement humain ». Peut-être Raymond de Péreille, en évoquant l’existence d’un premier Montségur, a-t-il voulu éviter d’être accusé d’avoir créé de toutes pièces le refuge d’hérétiques dont il a été abondamment question lors du IVe Concile oecuménique du Latran en 1215.

On sait par ailleurs que « vers 1206 » un concile a réuni à Mirepoix quelque 600 membres du clergé cathare, « pour décider d’un certain problème qu’ils se posaient entre eux ». 1204 ou 1206, les événements rapportés quarante ans plus tard sont suffisamment proches l’un de l’autre pour qu’on puisse estimer qu’en effet le seigneur du lieu – lui-même fils du plus important des 35 coseigneurs de Mirepoix – ait répondu au voeu de l’Église cathare, sur laquelle les menaces commencent à peser (en 1204, demande faite par le pape à Philippe Auguste de confisquer les biens des complices d’hérésie). Il est tout à fait plausible que l’aggravation de la situation ait incité l’Église cathare à se doter d’un solide refuge, au moins pour sa haute hiérarchie. Un site de montagne comme Montségur, juché sur un haut rocher isolé, naturellement protégé par d’abruptes falaises, semble tout désigné. De fait, l’existence d’une communauté cathare sur le pog de Montségur (le Montségur II des archéologues) est attestée dès aux débuts de la croisade contre les Albigeois. Implanté au coeur de seigneuries acquises au catharisme, le castrum de Montségur accueille la noblesse locale, la famille de Raymond de Péreille, mais également la hiérarchie épiscopale toulousaine et son diacre de Mirepoix. Fuyant les persécutions, Guilhabert de Castres, l’évêque cathare de Toulouse, s’installe en 1209 ; il est accompagné de familles nobles hérétiques du Lauragais. La population du pog diminue quelque peu à partir de 1216 quand l’Eglise cathare se réinstalle peu à peu dans le pays reconquis sur les croisés. Elle augmente à nouveau au lendemain du Traité de Paris (1229) qui met fin à la croisade royale.

L’évêque Gilhabert de Castres revient alors en 1232 à Montségur, et en fait « le siège et la tête » de l’Église cathare. Une importante communauté religieuse de "parfaits" et de "parfaites" s’installe à ses côtés (elle atteint bientôt plus de deux cents personnes). Quant à la population laïque, elle est constituée pour l’essentiel du clan seigneurial des Mirepoix-Péreille (avec leur famille et leur domesticité), de chevaliers faidits (c’est-à-dire de nobles qui refusaient de faire allégeance au pouvoir royal comme à l’Église romaine) avec leurs proches et leurs hommes d’armes. Chevaliers, écuyers, arbalétriers, simples hommes d’armes ont, sous le commandement de Pierre-Roger de Mirepoix, tenu tête dix mois durant (de mai 1243 à mars 1244) aux armées royales venues les assiéger. Le ravitaillement est assuré grâce aux relations commerciales entretenues avec les territoires environnants.

Ni le roi de France ni le pape ne peuvent tolérer cette place-forte hérétique, défiant leur autorité et envoyant régulièrement des "parfaits" diffuser leur croyance en Toulousain, Lauragais ou Carcassès. En 1241, Louis IX convoque le comte de Toulouse à Montargis ; il lui ordonne de s’emparer de Montségur et de le détruire. Raymond VII en fait le serment mais en réalité se contente, quelques mois plus tard, d’un simulacre de siège qui n’est d’aucun effet.

Mais, en mai 1242, dans la nuit de l’Ascension, un « commando » d’une cinquantaine de chevaliers et de sergents descendus de Montségur sous le commandement de Pierre-Roger de Mirepoix attaque la place d’Avignonet et assassine les inquisiteurs de Toulouse et leur suite (soit onze personnes), qu’une grande tournée d’enquête avait conduits à faire étape en Lauragais. La réaction de l’Église romaine et du pouvoir royal ne se fait pas attendre. Le sénéchal du roi à Carcassonne lève aussitôt une armée. L’expédition est placée sous l’autorité spirituelle de l’archevêque de Narbonne. Le siège commence au printemps 1243. Peu de temps avant la Noël, une escouade de Gascons réussit, au terme d’une périlleuse escalade nocturne, à s’emparer d’une tour de guet surveillant l’extrémité orientale de la crête sommitale. Une voie est aménagée pour le gros de la troupe, qui achemine alors, en pièces détachées, des catapultes. Bien que très supérieurs en nombre, les assaillants ne mettent pas moins de deux mois pour gagner les abords immédiats du castrum. L’assaut est donné à la fin du mois de février. Il est repoussé, mais Pierre-Roger de Mirepoix, conscient que si une nouvelle attaque réussit, il s’ensuivra un massacre général, négocie la reddition de la place : les laïcs auront la vie sauve, ainsi que les "parfaits" et les "parfaites" qui abjureront. Une trêve de 15 jours à compter du 1er mars est accordée aux défenseurs avant la reddition. Le 16 mars, Montségur est remis entre les mains du sénéchal, tandis qu’un immense bûcher est dressé au pied de la montagne pour les "parfaits" et "parfaites" qui ont refusé d’abjurer. Les chroniques disent qu’ils étaient au nombre de 225. Les sources ont permis d’en identifier 68. Les survivants rescapés de ce long siège sont interrogés par les inquisiteurs du tribunal de Carcassonne. Mais seuls les interrogatoires de dix-huit d’entre eux ont été conservés. Ils contiennent néanmoins suffisamment d’informations pour faire de Montségur un castrum abondamment documenté (organisation, vie quotidienne, etc.). Notre connaissance de la vie matérielle du lieu est encore enrichie grâce au mobilier archéologique découvert sur le site.

Avant la croisade, Montségur relève du comte de Foix, même si ce dernier s’en défend en 1215, devant le Concile du Latran. Guy de Lévis meurt en 1233 sans avoir jamais été en mesure d’exercer une quelconque réelle autorité sur ce lieu. C’est seulement en juillet 1245, bien après la prise du château en 1244, que Guy II de Lévis, en prend possession et en prête hommage lige au roi.

Le village hérétique a sans aucun doute été détruit, comme l’ordonnaient la loi civile et la loi canonique. Les fouilles conduites de 1968 à 1990 ont mis au jour des habitats situés au nord-ouest du pog et couvrant une surface de 550 m². On évalue à un hectare l’emprise du castrum de Raymond de Péreille sur les quatre hectares du pog. Au vu des découvertes archéologiques, on peut considérer que la population maximale du site tournait autour de 400 âmes. Quant au château, on ignore si lui aussi a fait l’objet d’une destruction complète ou seulement partielle. Dans tous les cas, l’archéologie témoigne d’une reconstruction entre la seconde moitié du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle. Le château est le symbole visible du retour de l’autorité orthodoxe sur le pog de Montségur. Le seigneur de Mirepoix veut en faire une forteresse plus efficace que la précédente.

Les Lévis occupent le site au moins jusqu’en 1510, non point à titre de résidence seigneuriale mais en tant que place militaire, stratégiquement bien placée sur la ligne de forteresses qui, par Roquefixade, Puivert et Quillan, court de Foix aux Corbières et de là à la mer. Si on s’en réfère à un document du 15 janvier 1476, Jean IV de Lévis doit, par ordre du roi, y tenir garnison et en assurer les réparations, avec six autres places-fortes du pays. En 1496, le château est encore dit « défensable ». Il a dû être abandonné au XVIe siècle1.


1 : D’après A. Brenon, « Les origines de Montségur », dans Montségur, village ariégeois. Foix, Archives départementales de l’Ariège, 2007. D’après C. Pailhès, « Les temps seigneuriaux », dans Montségur, village ariégeois. Foix, Archives départementales de l’Ariège, 2007.

Les premières fouilles sur le site ont été rapportées en 1820 par J.-F. Rambaud, inspecteur des monuments historiques de l'Ariège. En 1893, les archives de la commune indiquent que des fouilles sont entreprises pour "trouver des antiquailles ayant une valeur". D'autres fouilles sont menées au milieu du XXe siècle puis, dans les années 1960, le spéléo-club de l'Aude découvre l'aven du Trébuchet avec deux squelettes percés d'une flèche et ensevelis à l'époque du siège de 1243-1244. Fondé en 1968, le Groupe de recherches archéologiques de Montségur et des environs (GRAME) mène plusieurs campagnes dans les années 1970 et 1980, qui ont notamment permis de dégager une partie des restes du village cathare autour du château et des fortifications plus éloignées : barbacane et Roc de la tour.

En l'absence de publication définitive approuvée par les autorités, les autorisations de fouilles ont été gelées en 1999.