Le château de Peyrepertuse

L’ensemble fortifié de Peyrepertuse se déploie le long d’une crête calcaire culminant à 796 md’altitude au Roc Sant Jordi. Assiette de la forteresse, la falaise rocheuse domine plusieurs vallées et plateaux, axés est-ouest et reliés par des cols. La forteresse se dresse au centre d’une petite sous-région délimitée par des crêtes parallèles. Les plaines sont arrosées essentiellement par le Verdouble et quelques ruisseaux intermittents. Le site se trouve sur la commune de Duilhac-sous-Peyrepertuse.

La forteresse s’étend sur près de 300 m, le long de la crête et domine toute la région. Le château se compose essentiellement de trois parties. L’enceinte basse a la forme d’un triangle très allongé. Elle a gardé au nord l’intégralité de ses murailles au flanquement assuré par deux tours semi-circulaires, ouvertes à la gorge. L’accès s’effectue dans l’angle nord-ouest. Elle se termine à l’est par une tour de plan triangulaire formant éperon. On distingue encore les vestiges d’un escalier montant au chemin de ronde, établi sur un arc dont les arrachements subsistent. Le « donjon vieux » est formé par deux bâtiments parallèles, l’un abritant l’église Sainte-Marie, l’autre le « logis du gouverneur », composé d’une construction de plan quadrangulaire cantonné, à l’est, par une tour semi-circulaire et à l’ouest par une tour cylindrique abritant une citerne. Ces deux bâtiments bordent une cour fermée, à l’est comme à l’ouest, par deux courtines crénelées percées chacune d’une poterne. L’enceinte médiane est construite sur une plate-forme déclive du sud vers le nord. Les murailles épousent étroitement les bords déchiquetés de l’abîme, du côté nord. Elles sont munies, ça et là, de meurtrières pour armes à feu.

Au-dessous du sentier d’accès au donjon Sant-Jordi, se dressent les vestiges d’un important bâtiment de plan polygonal, probablement à usage d’étable, dominant les courtines. On accède au donjon Sant Jordi par un escalier taillé dans le roc vif que la tradition nomme l’escalier de Saint Louis. Une courtine flanquée d’une tour semi-circulaire, au pied de laquelle est ménagée la porte, barre le sommet du site. Derrière cette muraille, on aperçoit les vestiges de bâtiments en appentis qui abritent une citerne. A l’est, un ensemble de deux tours, aujourd’hui arasées, conserve au nord une citerne et au sud une chapelle dédiée à saint Georges.

Situé au sud du département de l’Aude, à proximité immédiate du Roussillon, Peyrepertuse est situé à l’extrême sud des Corbières méridionales, entre les Hautes-Corbières au nord et le Fenouillèdes au sud. Maillon essentiel du réseau de défense contre l’Aragon, il surveillait l’accès au Languedoc par la plaine du littoral et permettait ainsi de contrôler l’espace limitrophe au col de Brézou. Voisin de Quéribus, ce monument est implanté au sein d’un territoire caractérisé par la diversité de ses paysages, entre barrières rocheuses calcaires, vallée viticole, vallée pâturée, garrigue et forêts méditerranéennes. Omniprésent à l’échelle des vallées qu’il surplombe, Peyrepertuse s’impose comme le monument emblématique de ce territoire. Tout comme son homologue Quéribus, le château de Peyrepertuse est inscrit dans une région de plis et de chevauchements géologiques qui ont produit avec le temps des formes et des reliefs spectaculaires. Cette caractéristique fait la typicité des paysages associés à la forteresse. Ouvrage monumental par son envergure et son emplacement, Peyrepertuse est indéniablement la citadelle la plus impressionnante des Corbières.De dimension remarquable (300 mètres de long sur 50 de large) sur des hauteurs impressionnantes (entre 600 mètres d’altitude à l’est, et jusqu’à 850m au point le plus haut à l’ouest), elle surplombe les villages de Duilhac-sous-Peyrepertuse au sud-est et de Rouffiac-des-Corbières au nord-est. Sa position stratégique perchée sur une crête calcaire à près de 800 m d’altitude, surmontant des falaises de 30 à 40 m, permet de porter loin le regard dans les différentes vallées qui l’entourent et d’embrasser les paysages grandioses qui ceinturent le château.

Offrant un panorama à 360° sur les Corbières, le Fenouillèdes et la mer Méditerranée, il est un élément privilégié de compréhension de l’histoire stratégique et militaire de la région, au XIIIe siècle, par son contrôle d’un vaste territoire environnant et de sa proximité de l’ancienne frontière avec l’Aragon. Si le château de Peyrepertuse est exceptionnel par sa taille et sa forme, étalé le long de son éperon, l’aspect visuel le plus remarquable vient de son intégration dans le rocher. Sa forme épouse littéralement le socle sur lequel il est posé, faisant du château le prolongement naturel de la crête calcaire qu’il couronne. Le château se confondant avec la roche, seule sa silhouette le distingue depuis les points de vue lointains, ce qui en fait une preuve du génie architectural médiéval et du mimétisme inhérent à cette forteresse.

Aux alentours du site, on relève des traces de la présence humaine dès le paléolithique : au Grau de Padern, du mobilier appartenant au paléolithique supérieur ; à Rouffiac, des dolmens du néolithique ; au lieu-dit Tabourc, de la poterie de l’âge du Bronze. Enfin à Peyrepertuse, en contrebas du plateau sommital, des fragments d’amphores et de meules en basalte témoignent d’une occupation gallo-romaine (Ier s. avant J.-C.- Ier s. après J.-C.) dans cette zone située en marge des voies de pénétration du massif des Corbières. A l’époque médiévale, un village s’étendait à l’est du site sur des plateformes encore perceptibles ménagées dans la crête.

En 842, il est fait mention dans les textes d’un pagus Petrepertuse, ce qui laisse penser que Peyrepertuse joue alors un rôle administratif et militaire sur le territoire environnant, sans qu’on puisse en apprécier la nature et l’importance. Dans son testament, daté du 13 octobre 1020, Bernard Taillefer, comte de Besalù, énumère dans ses possessions castellos que dicunt Perapertusa et Popia et Querbucio. C’est le premier témoignage qui nous soit parvenu d’un ensemble défensif sur la falaise de Peyrepertuse. Passé sous la tutelle du vicomte de Narbonne puis dans l’orbite du comté de Barcelone, le castrum de Peyrepertuse est administré par un lignage féodal puissant qui apparaît au tout début du XIe siècle.

Il faut attendre le début du XIIe siècle pour voir s’élever un véritable castrum, premier château féodal du site comprenant un ouvrage défensif, une église et surtout une communauté. Lors de la Croisade des Barons, à la suite de la prise du château de Montgaillard, non loin de Tuchan, Guillaume de Peyrepertuse fait sa soumission à Simon de Montfort, chef des Croisés. En 1226, après la croisade royale, Louis VIII donne en fief la vicomté de Fenouillèdes et de Peyrepertuse à Nunyo Sanche, comte de Roussillon. Ce dernier vend en 1239 le château de Peyrepertuse au roi de France, Louis IX, pour la somme de 20 000 sous melgoriens. Si le roi de France a ainsi assuré (d’abord par serment vassalique puis par achat) sa domination sur le Pérapertusès, il n’en a pas pour autant acquis la fidélité du seigneur du lieu. En effet, Guillaume de Peyrepertuse s’est révolté à deux reprises contre le roi (en 1229 puis en 1240) et, vaincu par deux fois, a dû se soumettre. Par le traité de Corbeil en 1258, le Pérapertusès est définitivement cédé à la France.

Peyrepertuse devient forteresse royale. L’essentiel des constructions peut être daté du milieu du XIIIe siècle. En 1242, Louis IX ordonne la réalisation d’un escalier taillé dans le roc. L'enceinte basse peut être datée des années 1240-1250. Dans les années 1250-1251, le donjon Sant Jordi est en cours de construction. À cette même époque, divers travaux sont exécutés tant dans l'église Sainte-Marie qu'au donjon-vieux. D’une période intermédiaire, probablement du XVe siècle, datent le logement sud de l’enceinte basse et certaines parties de l’enceinte médiane. La fin de la fortification de l’enceinte médiane et les réaménagements du donjon Sant Jordi sont effectués aux XVIe et XVIIe siècles.

Dans les années 1258-1260, la garnison de Peyrepertuse s’élève à un châtelain, neuf sergents d’armes et un chapelain. En 1302, les effectifs augmentent sensiblement : outre le châtelain et le chapelain, on dénombre 21 sergents, un portier, un guetteur et des chiens. En 1528, la garnison est temporairement augmentée d’une trentaine d’hommes en prévision de troubles sur la frontière. Peyrepertuse perd toutefois de son importance dans la seconde moitié du siècle et son entretien en souffre. En 1597, les États de Languedoc prient « le roi de faire réparer les châteaux de Quéribus, Peyrepertuse, Puilaurens et Termes situés sur la frontière d’Espagne qui tomboient en ruine ». En état de semi-abandon, le site semble ne pas avoir eu de rôle militaire pendant la conquête du Roussillon par Louis XIII. Avec le traité des Pyrénées signé en 1659 et le nouveau tracé de la frontière, le château de Peyrepertuse perd tout intérêt pour le roi de France.

Peyrepertuse ne reprend de l’importance que très provisoirement en 1793, lorsque les troupes espagnoles menacent les armées révolutionnaires. Le 24 avril 1793, l’assemblée du district de Lagrasse déclare « … que, dans le district de Lagrasse, on compte trois forteresses de Quéribus, Pierrepertuse et Viala (Aguilar) […] et qu’il seroit très essentiel de mettre en état de défense afin d’empêcher que les Espagnols ne pénétrassent dans le district de Lagrasse ». Pour cela, l’ingénieur Champagne doit se rendre en mission à Perpignan, mais la bataille de Peyrestortes en septembre 1793 écarte tout danger et le projet est abandonné. Nationalisé à la Révolution, le château de Peyrepertuse est acheté en 1820 par Joseph Séguy et Jean Paul Burjade, habitants de Duilhac, et reste à l’abandon jusqu’à son acquisition par la commune de Duilhac1.


1 : D’après L. Bayrou (dir.), Peyrepertuse. forteresse royale. Carcassonne, Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc, 2000, 293 p.

Le site a fait l’objet de sondages dans un premier temps puis de fouilles programmées ensuite (Programme H 19), qui se sont arrêtés en 1992. Compte tenu de la surface fortifiée (7500 m2), les archéologues se sont d'abord essentiellement attachés à comprendre, au moyen de sondages ponctuels, les différents éléments composant les enceintes basse et médiane ; puis, ils ont mené une fouille exhaustive de la partie sommitale du site occupé par le donjon Sant Jordi, datable du milieu du XIIIe siècle. Les résultats peuvent être résumés ainsi : la période antérieure à l’occupation royale (1240) est représentée par l’église Sainte-Marie, la partie nord du « Logis du Gouverneur » et la tour occidentale abritant une citerne, ces deux éléments appartenant à l’ensemble formé par le « Donjon Vieux », ainsi qu'un fragment de mur parallèle à la courtine nord de l’enceinte basse, situé entre la porte d’entrée et la tour ouest flanquant la dite courtine. L’essentiel des constructions est datable du milieu du XIIIe siècle. Entre 1250 et 1251, une campagne de rénovation et d’agrandissement a été entreprise et celle-ci est bien documentée dans un parchemin conservé aux Archives départementales du Gard. Toutefois, différents travaux sont effectués aux XVIe et XVIIe siècles : la fin de la fortification de l’enceinte médiane, un réaménagement du donjon Sant-Jordi et de ses abords, avec la mise en place d’une installation de récupération des eaux pluviales.

Le mobilier recueilli

Les éléments recueillis couvrent une période comprise entre le Ier siècle avant notre ère et le XVIIIe siècle. Si les objets d’époque antique sont relativement rares à l’intérieur de la forteresse, en revanche ceux-ci sont relativement abondants sur le sud du site. L’époque paléochrétienne n’est documentée que par deux tessons de céramique. La période médiévale, XIIIe et XIVe siècles, est attestée par le monnayage et un assez abondant mobilier métallique de bronze (boucles, bouclettes, chapes, insignes, etc). On note également une série de tessons de vases d’importation espagnole aux XIVe et XVIe siècles. La période moderne semble la plus représentée par un abondant matériel céramique dont une faible partie a été publiée. Le matériel plus proprement « militaire », en relation directe avec la forteresse, est surtout illustré par le mobilier métallique en fer relativement abondant, comprenant surtout un important nombre de fers de traits, pour un seul carreau d’arbalète mis au jour, une lame, un élément de garde de poignard et un fragment de tissu de maille. Enfin ont été aussi mis au jour quatre éléments de noix d’arbalète.