Le château de Puilaurens

Dans la partie occidentale du Fenouillèdes, le château de Puilaurens occupe le sommet d’une crête calcaire, à 697 m d’altitude. Il surveille la vallée de la Boulzane et les cols permettant de passer dans la plaine de l’Agly, et au-delà en Roussillon. Il se situe sur la commune de Lapradelle-Puilaurens. Dans cette partie, la rivière Boulzane est orientée nord-sud. Elle arrose une vallée étroite, barrée au sud par le défilé de la Folie et au nord par la crête rocheuse supportant le château. Cette vallée est aussi le croisement de deux voies aujourd’hui secondaires ; l’une, à l’ouest, permet l’accès vers Axat et, de là, vers Carcassonne ou Foix, l’autre, à l’Est, passe à Aigues-Bonnes et débouche sur Fenouillet puis, de là, en Fenouillèdes et Roussillon.

Les falaises rocheuses qui bordent la vallée à l’est recèlent de nombreuses grottes, assez facilement accessibles, ayant abrité des vestiges datés de la période du paléolithique supérieur à l'époque médiévale. Les pentes sud de la colline du château recèlent des tessons non tournés. Le chantier de réaménagement et de construction date très vraisemblablement du dernier tiers du XIIIe siècle, mais différentes modifications vont être apportées jusqu’au XVIIe siècle. L’accès s’effectue au sud-ouest par une rampe en chicane ménagée dans une faille du rocher et bordée de murs par la suite fortifiés pour les armes à feu (XVe siècle). Une place d’armes, entourée de murs percés d’embrasures également pour armes à feu et formant barbacane, en protège le flanc méridional. Le château proprement dit se compose essentiellement de deux enceintes accolées.

La première s’organise autour d’une cour, la seconde est un réduit fortifié dominant la première de quelques mètres. La porte d’entrée, couverte en arc surbaissé, débouche sur une courette, qu’une seconde porte, plus récente, met en communication avec la grande cour. Cette dernière, dont le tracé irrégulier épouse les contours du rocher, délimite un vaste espace de 60 m sur 25 m environ. Elle est fermée par des courtines hautes de 8 à 10 m, unissant deux tours semi-circulaires ouvertes à la gorge. Elle a conservé l’essentiel de son crénelage, sans doute refait au XVIe ou XVIIe siècle. Les ruines d’un bâtiment, construit au revers du front nord, gardent la trace d’un accès partiellement enterré. Il dessert une citerne et une salle défendue par deux archères ; une poterne surplombe les vestiges d’une citerne extérieure. La recherche archéologique a mis au jour les vestiges d’un autre bâtiment dans son prolongement ainsi qu’une porte délimitant un enclos entouré des courtines et du rocher. Une deuxième poterne, percée au pied de la tour à bossage sud-est, donne accès à une plate-forme extérieure et, de là, à des défenses bâties dans les failles rocheuses et réalisées en pierre sèche. À l’ouest s’élève une tour de plan outrepassé ouverte à la gorge, qu’un mur récent a obturé. Les deux premiers niveaux sont en appareil lisse, le dernier à bossage. En suivant, les vestiges des pignons d’un autre bâtiment sont visibles. Par l’intermédiaire d’une passerelle, aujourd’hui reconstituée, une rampe permettait l’accès à la seconde enceinte.

La porte, identique en proportion à celle de la première enceinte, s’ouvre dans l’angle sud-est. Immédiatement en face, un couloir situé entre rocher et courtine mène à la tour, ouverte à la gorge, occupant l’angle nord. Sur un côté de ce couloir s’ouvre un étroit boyau, aménagé dans le rocher, accédant à des galeries débouchant sur l’extérieur, à flanc de falaise. Celles-ci, fermées par des maçonneries, devaient servir de magasins ou de réserves. En empruntant des escaliers, mis au jour lors des travaux, on arrive à une tour de plan quadrangulaire. Munie d’une cheminée et d’un placard, cette tour habitable semble ne pas remonter au-delà du XVIe siècle. Vers l’ouest, des courtines soigneusement appareillées dominent les chicanes d’accès. Elles aboutissent à une tour circulaire à bossage, dont la pièce au niveau du sol conserve une voûte d’ogives. A l’étage, une fenêtre à coussièges et une porte en tiers-point subsistent. Desservies par un escalier condamné par les travaux du XVIIe siècle, des latrines sont visibles dans la hauteur de la courtine, à peu de distance d’une citerne. De fait, l’observation des différentes élévations composant cette deuxième enceinte semble indiquer une construction hétérogène. Les tours ouest et nord, leurs courtines adjacentes, la porte, sont effectivement d’époque médiévale. Le reste de la construction, réalisée en maçonnerie tout-venant ou de récupération, appartient aux XVIe et XVIIe siècles. Entre 1993 et 1995, des consolidations sur les parties des deux enceintes et la création de la passerelle facilitant l’accès à la seconde enceinte ont été réalisées.

À la limite départementale de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, Puilaurens est situé entre le Fenouillèdes et le Pays de Sault. Ce territoire fait la transition entre les plaines de l’Aude et les hautes montagnes du massif pyrénéen, d’un point de vue topographique et climatique. Cette spécificité et cette position à l’interface de deux influences climatiques en fait un territoire diversifié, marqué par un climat montagnard mais aussi soumis à des influences méditerranéennes. Un des intérêts du site vient de la situation entre vallée de la Boulzane et vallée du Fenouillèdes. Les reliefs de l’éperon du château et de l’extrémité de la Serre d’Arquières s’affirment comme une porte d’entrée sur la vallée de la Boulzane. Le château s’inscrit ainsi dans un contexte géomorphologique particulièrement intéressant car il est situé sur un promontoire rocheux ceinturé de versants abrupts ne permettant qu’un unique accès par sa face sud. Ce relief accentue l’aspect pittoresque du château et son pouvoir évocateur dans un environnement naturel bien conservé.

Le cadre dans lequel s’insère le château de Puilaurens est caractérisé par l’omniprésence des espaces boisés. Les forêts, au caractère naturel prégnant, marquent l’environnement du château avec, côté sud, la forêt domaniale d’En Malo-Bac-Estable et, au nord, la forêt des Fanges, ancienne forêt royale qui s’étend sur 1800 ha. La proximité directe des Pyrénées est à l’origine d’une diversité végétale qui se démarque de celles rencontrées sur les autres châteaux des Corbières et du Cabardès. Les influences méditerranéennes et le climat montagnard sont à l’origine de trois types de formations végétales : la chênaie à chênes pubescents, la pinède à pins sylvestres et, plus haut, les hêtraies-sapinières. Les étagements de végétation y sont ainsi particulièrement arqués. L’influence de l’ensoleillement est très visible et marque les versants qui présentent une dissymétrie : l’adret apparaît plus sec, avec des boisements de pins ou de chênes pubescents, alors que l’ubac est généralement couvert de sapinières aux sous-bois humides. Plus bas sur les versants, les boisements mixtes sont dominés par les résineux de diverses espèces diversifiant les ambiances forestières. Ce contexte particulier constitue un des intérêts paysagers forts de ce territoire, formant un écrin de grande qualité visuelle aux abords du château. Faiblement affecté par les activités humaines, l’environnement apparaît comme sauvage et naturel au visiteur. Les mesures de protection mettent en évidence l’intérêt écologique de ce territoire mais aussi l’intérêt de son patrimoine paysager.

Le mont Ardu, nom du piton sur lequel s’élèvent les ruines de Puilaurens, ainsi que la vallée de la Boulzane (dénommée alors vallée de la Sainte-Croix) sont des possessions de l’abbaye de Saint-Michel de Cuxa, en Roussillon, depuis le milieu du Xe siècle. Au tout début du XIe siècle, il est fait mention d’un castrum Sancti-Laurenti cum eadem ecclesia, qui attesterait de l’existence dès cette période d’un château à Puilaurens. Peu de sources nous permettent de retracer l’histoire du site avant son incorporation aux possessions royales. En 1242, Puilaurens abrite une importante communauté de "parfaits" et de "parfaites". En août 1255, le roi Louis IX, décidant de réorganiser militairement la région, ordonne au sénéchal de Carcassonne de renforcer le château de Puilaurens. Le traité de Corbeil, trois ans plus tard, entérine la suzeraineté française sur la région1.

Grâce aux documents conservés, il est possible de tenter un essai de datation de l’édifice. Celui-ci date très vraisemblablement du dernier tiers du XIIIe siècle, ce que semble confirmer l'utilisation de l'appareil à bossage et mixte usité dans l’ensemble des forteresses royales du Languedoc. Au contraire de nombreux autres sites, Puilaurens ne semble pas conserver d'éléments antérieurs à la conquête capétienne. L'examen de la topographie peut expliquer cet aspect. L'assiette du château est matérialisée par une crête rocheuse qu'une faille, aménagée en accès par des chicanes, sépare d'un piton où s'élève la seconde enceinte. De fait, cette crête, exploitée en carrière, a complètement disparu, entraînant l’effacement d'éventuelles structures antérieures. La vaste cour de la première enceinte d'une parfaite horizontalité en est le résultat.

En 1258, la garnison se compose de vingt-cinq sergents d’armes commandés par un châtelain et servis par un chapelain. Des travaux de construction ou de réaménagement sont en cours en 1263 : Simon Cauda reçoit du sénéchal de Carcassonne, outre du ravitaillement et des armes, des outils pour tailler la pierre. En avril 1377, le sénéchal de Carcassonne veille à la sûreté des places en les approvisionnant et en faisant compléter les ouvrages de défense. En 1473, puis en 1495, les troupes aragonaises assiègent en vain Puilaurens.

En 1595, le duc de Joyeuse, gouverneur du Languedoc, fait restaurer le château qui connaît alors de profondes transformations : adjonction de fortifications supplémentaires adaptées à l'arme à feu ; construction de deux bâtiments à usage d'habitation contre les courtines nord et sud. C’est dans la seconde enceinte que les transformations sont les plus radicales. En 1615, Louis XIII autorise le châtelain, Henri Montsarat du Vivier, à prendre 150 sapins dans les forêts royales pour des réparations du château. En 1637, Puilaurens est pris par les troupes espagnoles. La place est en effet sans défense : sa garnison s’est portée au secours des forces françaises qui défendent Leucate. Après le traité des Pyrénées, Puilaurens n’a plus d’intérêt stratégique : le château garde toutefois une garnison d’un effectif de 10 hommes commandés par un gouverneur. Le site est abandonné aux premières années de la Révolution.


1 : D’après L.Bayrou (dir.), Entre Languedoc et Roussillon : 1258-1659, fortifier une frontière ? Canet, Amis du Vieux Canet, 2004, p. 211-219.

Le site a fait l’objet de deux sondages programmés en prévision de l’intervention du Service des monuments historiques qui envisage des travaux de restauration-consolidation et de mise en valeur. La recherche a d’abord porté sur la deuxième enceinte où un sondage d’évaluation permet d’appréhender, outre l’importance du remplissage, les dernières campagnes de construction de cette partie du château. La tour nord-ouest et la citerne ont été étudiées. Les résultats indiquent, pour la tour, un vidage complet ancien n’ayant laissé en place que le substrat portant les traces de la construction elle-même ; c’est une constatation semblable que l’on peut faire à l’occasion du nettoyage de la citerne, dont le mur ouest, défoncé, est la trace tangible d’un pillage antérieur, datable du XIXe siècle. Dans le bâtiment nord de la première enceinte, les jambages d’une porte sont apparus. Identiques tant du point de vue de l’aspect que des caractéristiques dimensionnelles aux deux portes d’entrée des deux enceintes, il semble donc que nous soyons en présence d’une troisième porte dont le remaniement a dû être rapide et dont la poterne ménagée au pied de la courtine est le souvenir de la fonction primitive de cet espace. L’observation du décapage du passage entre les deux portes de la première enceinte permet d’appréhender l’aspect de cet élément majeur de la fortification par le renforcement des constructions médiévales, formant réduit d’entrée, et l’adaptation à l’arme à feu aux XIVe et XVIIe siècles. Enfin, les débuts de débroussaillement à l’emplacement de l’ancien village permettent la mise en évidence d’une structure maçonnée.

Le mobilier recueilli

Essentiellement issu du dégagement de l’ancien accès nord, le mobilier des niveaux d’effondrement recouvre le sol du passage. Le vaisselier se compose exclusivement de céramiques de service, vernissées et glaçurées, montrant une palette de couleurs réduite (marron et jaune). Ce mobilier usuel est datable des XVIIe et XVIIIe siècles. Toutefois, à l’emplacement de l’ancien village, un tesson de céramique «verte et brune » plus ancien (XIVe siècle), a été récupéré.