Le château de Quéribus

Le château de Quéribus s’élève sur un piton rocheux haut de 728 m, isolé de la falaise qui domine, de Tautavel à Caudiès, la plaine en partie drainée par l’Agly. A proximité immédiate de la frontière en 1258, à quatre kilomètres à vol d’oiseau au sud-est de Peyrepertuse dont il forme le poste avancé, il garde le Grau de Maury, un des rares passages de la falaise et surveille les lointains jusqu’à Perpignan et au littoral, visibles depuis le site31. Le site se situe sur la commune de Cucugnan.

Le chemin d’accès, partant du Grau de Maury, s’élève jusqu’au col situé au sud-est, puis s’infléchit à l’ouest en direction des premiers murs de défense construits en chicane. Il se termine par de larges escaliers au pied de la porte d’entrée. L’assiette de Quéribus est comparable à une sorte d’éperon barré par trois enceintes successives se commandant l’une l’autre. Cet ensemble est dominé par le donjon.

Les enceintes

Les deux premières enceintes sont des enclos de médiocres dimensions, défendues par une courtine percée de meurtrières à l’ouest, et par l’à-pic du rocher au sud. Mention particulière doit être faite du mur-bouclier permettant le défilement de la porte. De construction tardive, il est orné de bossages semisphériques et de boulets encastrés, et défendu par des meurtrières pour armes à feu au profil élaboré. La deuxième enceinte abrite une salle dont les planchers étaient soutenus par deux arcs parallèles, aux sommiers encore visibles, ainsi qu’une citerne en partie excavée dans le rocher. La troisième enceinte, à la porte défendue par une bretèche, sous laquelle s’ouvre une fenêtre en plein cintre, s’organise autour d’une cour entourée de bâtiments au sud et à l’ouest. Celui de l’angle nord-ouest abrite une citerne.

Le donjon ou tour maîtresse Le donjon, construction polygonale massive, occupe la plate-forme sommitale. Seule la façade sud est percée de baies. A l’ouest, s’ouvre une poterne à 2 m du niveau du sol. Un assommoir, masqué par un arc, la défend. Au centre, en bas, trois meurtrières sont surmontées par une haute fenêtre à deux niveaux. Celle-ci se compose de deux baies sensiblement carrées, séparées par un large meneau. Au second, un meneau cruciforme délimite les ouvertures rectangulaires de deux baies couvertes par des arcs brisés. Vers l’est, une ouverture est percée. Une tour carrée abrite un escalier en vis, accessible par une porte ouvrant de plain-pied. Elle montre sur sa face sud, à mi-hauteur, une porte, aujourd’hui murée, qui permettait d’accéder au bâtiment sud. Dans la tour d’escalier s’ouvre une porte aboutissant à une pièce obscure où le rocher apparaît. Cachée derrière cet obstacle, une galerie conduit à une casemate défendant le flanc oriental du donjon. Au-dessus, une petite salle de plan irrégulier abrite deux niveaux. Le niveau inférieur communique avec la grande salle par une porte en arc en segment chanfreiné. Un arcdiaphragme surbaissé supportait le plancher du second niveau couvert en berceau. La grande salle, de deux niveaux sur plan quadrangulaire, possède un pilier cylindrique excentré sur lequel repose une gerbe d’ogives, au profil en cavet, formant quatre travées inégales. Sa base octogonale s’élève sur un massif de maçonnerie rectangulaire matérialisant le niveau du plancher. Les vestiges d’une cheminée subsistent sur la paroi occidentale. Le niveau inférieur, éclairé par les deux fenêtres basses, n’était pas en relation avec la grande salle. Un escalier de cinq marches permet actuellement d’y accéder à partir de la porte ouest. L’étage supérieur est formé par une terrasse dont les parapets massifs sont percés par trois canonnières orientées respectivement à l’ouest, au nord et à l’est.

Situé à cheval sur les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, entre Hautes- Corbières au nord et Fenouillèdes au sud, le château de Quéribus est la dernière citadelle au sud de l’ancienne zone des croisades militaires du XIIIe siècle contre les cathares et dont les chevaliers conquérants feront une sentinelle française aux portes du Roussillon, jusqu’en 1659. Marqué par une topographie torturée et des reliefs très variables, ce territoire se démarque par la grande hétérogénéité des paysages qu’on y trouve, alternant entre vallée viticole encaissée, serres montagneuses parsemées d’éboulis et de crêtes rocheuses, versants couverts de garrigue et boisements de chênes verts. Perceptible depuis la crête du Pech de la Couronne, sommet sur lequel est construite la citadelle vertigineuse de Quéribus, cette diversité d’ambiances et de situations paysagères participe largement au caractère exceptionnel du site dans lequel s’insère ce monument. Le relief atypique est un des éléments particulièrement caractéristique dans le paysage de Quéribus. Lieu de chevauchement de plaques, la configuration topographique et géologique du territoire trouve son origine dans les mouvements tectoniques ayant façonné une succession de reliefs continus orientés ouest-est. La partie sud des Corbières est ainsi marquée par des chaines de montagnes abruptes. Construit sur un piton rocheux, le château est implanté sur la ligne de crête de la «Serre de Quéribus». Il est situé à la charnière entre deux reliefs majeurs : la Grande Serre des Corbières et, face à lui, le massif du Fenouillèdes, avant-poste des Pyrénées. Cet ensemble forme la ligne faîtière des Corbières, limite naturelle séparant le Fenouillèdes de la plaine du Roussillon mais également les départements de l’Aude et des Pyrénées- Orientales. Utilisant pendant des siècles cette barrière naturelle, la forteresse a permis de contrôler le Fenouillèdes et de se défendre contre les attaques catalanes. Ce territoire montagneux complexe a contribué à façonner une grande diversité de paysages. Faisant face à la forteresse, le pic du Canigou est le seul vis-à-vis direct sur Quéribus. Point culminant régional (2785 mètres), il déploie ses flancs abrupts au-delà de la ligne d’horizon formée par les Pyrénées. La hauteur du point d’observation permet de contempler toute l’hétérogénéité de cette partie des Corbières où se succèdent pech, serre, costes, vallées et plaines. Véritable sentinelle avec son célèbre donjon polygonal, Quéribus domine l’horizon au-dessus des vallées de Maury et du Triby qu’il surveille à plus de 35km de rayon. Le nid d’aigle est donc un véritable balcon sur le paysage, offrant un panorama de 360° sur les alentours, de la mer Méditerranée aux sommets enneigés du Canigou en passant par les plaines verdoyantes des Hautes-Corbières. Le château s'insère dans un lieu remarquable en termes de lecture des paysages. La singularité paysagère de Quéribus vient à la fois de son mimétisme avec son substrat rocheux, de sa position audacieuse et de son caractère de belvédère. Comme sculptée sur un bloc de calcaire, la forteresse est difficilement perceptible depuis le lointain et se confond avec le relief sur lequel elle est construite. Cette intégration dans son environnement la rend presque invisible selon les angles de vue, la roche calcaire des murs porteurs se mêlant à son socle et ne formant plus qu’une seule et même entité. A l’inverse, sa situation imprenable en fait un élément majeur du paysage. Perceptible de toute part et omniprésente dans l’environnement, la silhouette caractéristique du château domine les alentours.

Le château est mentionné pour la première fois en 1020, dans le testament du comte de Besalù (Querbucio). En 1111, les domaines du comte de Besalù sont réunis à ceux du comte de Barcelone. En 1162, lors de la création du royaume d’Aragon, Quéribus devient, de fait, l’un des châteaux les plus septentrionaux du nouveau royaume. Après le traité de Meaux-Paris (1229), et plus encore après l’échec de la révolte de Trencevel en 1240, le castrum accueille des cathares et des seigneurs faidits. L’un d’entre eux, Chabert de Barbaira, tient la place pour le compte du seigneur de Fenouillèdes, dans les années 1241-1242.

Si le roi de France assiège Quéribus, c’est moins pour réduire ce « nid d’hérétiques » que pour assurer sa position face aux domaines de la couronne d’Aragon. Le siège dure moins d’un mois et, en mai 1255, Chabert de Barbaira remet le château au roi de France. Devenu forteresse royale, Quéribus est doté d’une garnison composée d’un châtelain et de vingt sergents.

De la construction antérieure au XIIIe siècle, subsistent la base méridionale du donjon, l’avancée des murs dans la partie inférieure de la salle du pilier et peut-être l’ouvrage défensif extérieur au pied de la face orientale du donjon. Après 1255, le château connaît alors d’importantes transformations qui renforcent son rôle militaire : aménagement du donjon, édification de la tour de l’escalier, etc.

Une lettre du roi de France, Charles V, adressée en 1372 au châtelain, l’écuyer Jean Chaumet, indique que « selon les obligations de sa charge, il est tenu de veiller jour et nuit dans notre château et à y demeurer, et que celui-ci est situé dans des régions éloignées aux confins de notre royaume, dans les montagnes au-dessus de la mer et touchant au royaume d’Aragon, il est nécessaire de munir ce château de vivres et de tout ce qui est nécessaire à la garde et à la défense du château, non pour un jour mais pour un an ». En 1404, à l’occasion de la visite du vicaire général de l’archevêque de Narbonne, il est fait mention d’une chapelle dédiée à Louis IX. En 1473, Quéribus est assiégé et pris par les troupes du roi d’Aragon. Le traité des Pyrénées (1659) fait perdre au château tout intérêt stratégique. Dépourvu d’entretien, il tombe en ruines ; seul le donjon demeure habitable si l’on en croit un document de 1685. Toutefois une garnison y est maintenue jusqu’à la Révolution1.


1 : D’après L. Bayrou (dir.), Entre Languedoc et Roussillon : 1258-1659, fortifier une frontière ? Canet, Amis du Vieux Canet, 2004, p. 215-219.

Trois zones ont fait l’objet d’une recherche : le corps de logis a été étudié ; les vestiges dégagés permettent de discerner une première occupation autour du donjon primitif. Une autre étape au XVe siècle se traduit par un réaménagement important, puis le périmètre défensif est complété dans le courant du XVIe siècle ; la plate-forme, située au niveau de départ du premier emmarchement, révèle les bases d’un bâtiment en appentis, ainsi que la trace d’un mur formant défense extérieure. Enfin, la terrasse, implantée sur le flanc méridional, en contrebas de la plate-forme, se matérialise essentiellement par une faille sur les côtés de laquelle les traces d’encastrement de poutres demeurent visibles. Par le mobilier mis au jour, cette structure avait un rôle d’abri pour un guetteur vers la fin du XIIIe siècle.