Le château de Termes

Au cœur des Corbières, le château de Termes, à 470 m d’altitude, couronne le sommet d’un rocher entouré par les méandres d’un profond ravin où coule le Sou. Il se situe sur la commune de Termes.

Élevé sur une plate-forme entourée sur trois côtés par un profond ravin, le château n’est accessible que sur sa face méridionale. Le site se compose essentiellement de deux enceintes concentriques séparées par des lices. Cet ensemble est précédé par deux lignes de murs situés à mi-pente au sud, vestiges probables des fortifications de l’ancien village. Les premières défenses sont formées par une série de terrasses plus ou moins visibles dont les murs, parfois jointés au mortier, forment de nos jours le soutènement du sentier d’accès. Une barre rocheuse, aux reliefs occupés par des vestiges de murs en pierre sèche, était sans doute la dernière défense extérieure de l’angle sud-est, formant contrescarpe. Une rampe d’accès, récemment dégagée, débouche, après un brusque tournant battu par la tour occupant le milieu du front est, sur un mur perpendiculaire formant l’ultime défense de la porte, fortement ruinée, mais toujours visible. Malgré l’enchevêtrement des pans de murailles, renversés par l’action de la mine (XVIIe siècle) et gisant çà et là, l’organisation générale de la forteresse, tout au moins dans son dernier état, est perceptible. La première enceinte, formant un plan grossièrement en parallélogramme, cerne le sommet de la colline. L’entrée , restaurée dans les années 2000, se situe dans l’angle sud-est, flanquée par une échauguette construite sur un double contrefort dans l’angle et par une tour circulaire, au parement en bossage. Une tour de forme analogue, mais à l’appareil lisse, ne subsistant que sur quelques assises, complète la défense du front est à l’angle nord. La courtine est encore haute de 8 à 10 m par endroits. Elle est percée d’archères en étrier et de caniveaux formant gargouilles pour l’écoulement des eaux pluviales des lices. Au revers de cette courtine s’élevaient des bâtiments d’habitation ou de service. Les rangées de corbeaux soutenant planchers et toitures sont toujours visibles ainsi que des trous de boulins, traces de l’emplacement des échafaudages. L’angle nord-ouest, percé d’une poterne profonde de 2,20m, voit son double contrefort fortifié par une échauguette dont subsistent les premières assises. L’épaisseur importante de cette poterne, restaurée, s’explique par la présence d’un escalier d’accès au chemin de ronde. La courtine ouest, très ruinée, présente, à quelque distance de l’angle nord-ouest, un saillant qui a été supprimé et remplacé par un mur droit percé d’archères en étrier. Au milieu de cette même courtine, on remarque une construction hors oeuvre. Il s’agit d’une ouverture pratiquée dans la courtine, au ras du sol des lices, dont le seuil est une pierre en grès en forme de rigole. C’est en fait non pas un mâchicoulis mais un ouvrage destiné à l’évacuation des eaux pluviales des lices. L’intérieur est formé de deux doubles conduits de latrines débouchant au bas de la muraille par deux arcs légèrement brisés. L’épaississement de la courtine est dû à la présence d’un escalier d’accès permettant d’établir cette construction, sans gêner le passage du chemin de ronde. On retrouve au sud, deux importants tronçons de courtine d’une épaisseur considérable ( plus de 2 m), due à la construction d’un second mur plaqué sur le premier, lui-même percé sans doute lors de ces travaux par des archères en étrier. L’autre tronçon se termine à l’angle sud-est par le double contrefort, support de l’échauguette déjà évoquée. Au revers de cet ensemble, un escalier permettait l’accès au chemin de ronde, un autre à l’aire de service de l’assommoir puis à l’échauguette.

Le château de Termes s’élève au sommet d’un escarpement rocheux, dans un site grandiose, qui offre une vue imprenable sur les Hautes-Corbières. Il est situé dans un paysage caractéristique de cette région, entre gorges calcaires découpées et vallées couvertes d’une végétation méditerranéenne. Les vestiges couronnent un impressionnant promontoire rocheux dominant le village à l’est. Ils sont bordés par deux gorges encaissées, les gorges du Terminet et les gorges de Coyne-Pont, situées en bordure du GR 36 et de plusieurs sentiers de randonnée. Au sud du village, le Sou creuse ses gorges dans le massif calcaire. Ces deux gorges constituent des périmètres protégés, toutes deux inscrites sur la liste des sites naturels remarquables depuis 1942, participant à l’intérêt paysager et patrimonial de ce lieu. Chacune de ces gorges possède sa particularité : étroites et vertigineuses pour les gorges de Terminet, en aval du village ; dotées d’un cirque naturel sur la partie médiane pour les gorges du Coyne-Pont, en amont du village. Observables depuis le château, ces gorges participent à la singularité paysagère de cette partie des Hautes-Corbières. Le château s’inscrit aussi dans un contexte géomorphologique particulièrement intéressant car il est cerné par trois versants très escarpés et abrupts, et n’est accessible que par sa face sud, accentuant l’effet de promontoire dominant les reliefs alentours. Face au château, s’élève un piton rocheux calcaire surplombant les gorges sur lequel s’élevait un ancien ouvrage fortifié, le Termenet. La spécificité du château de Termes est qu’il s’inscrit dans un contexte fortement boisé et caractérisé par une végétation méditerranéenne typique. Le château semble ainsi émerger dans un espace qui apparaît comme relativement préservé des influences urbaines et renvoie une image qui oscille entre nature spontanée et agriculture traditionnelle. Les abords directs du château sont dominés par la garrigue. En outre, l’importance de la végétation aux alentours met en évidence l’aspect minéral du château qui s’oppose à un écrin végétal dense et semblant s’étendre à perte de vue. C’est l’omniprésence de la végétation qui accentue l’impact visuel des ruines du château, qui, compte tenu de leur état de conservation, se confondent parfois avec les escarpements rocheux des reliefs environnants.

Mentionné au XIe siècle, le site fortifié appartient à la puissante famille du même nom (Terminis, du mot latin terminus : limite). Les seigneurs de Termes prêtent serment aux Trencavel1 pour le castrum depuis au moins la fin du XIe siècle et pendant tout le XIIe. Ces serments, tous malheureusement non datés, sont prêtés à Bernard Aton IV, vicomte de Carcassonne, de Béziers et d’Agde de 1099 à 1129. En 1110, Bernard-Aton IV, vicomte de Carcassonne, rend hommage à l’abbaye de Lagrasse pour un grand nombre de possessions, dont le castrum de Terminis in Narbonesio. Cette mention apparaît toutefois dans un acte qu’Elizabeth Magnou-Nortier considère comme un faux avéré2. Il faut dire qu’un différend oppose pendant de longues années la famille de Termes à l’abbaye de Lagrasse pour la possession de biens et de villages dans le Termenès. En 1163, sous l’égide de Raymond Trencavel, le litige qui oppose les deux frères Raymond et Guillaume de Termes est réglé : Raymond reçoit les deux tiers du castrum, tandis que Guillaume n’en reçoit qu’un tiers ; en revanche, les milites (les hommes de la garnison) et les feudi militares (la rémunération de la garde qu’ils exercent) sont partagés par moitié3. Un mur à l’intérieur du château matérialise ce partage. Le texte précise qu’ils s’engagent à construire une nouvelle église pour le village. Vers la fin de XIe siècle, l’ensemble de la vicomté de Carcassonne-Béziers passe dans la mouvance des comtes de Barcelone, futurs souverains d’Aragon. En 1179, Roger Trencavel rend hommage à Alphonse II d’Aragon pour le château de Termes.

Terroir montueux et difficile d’accès, le Termenès a été durant la période médiévale très convoité pour ses richesses minières (cuivre, argent, plomb et fer) exploitées depuis l’Antiquité. En 1191, un accord intervient entre Roger II Trencavel et son vassal, le seigneur de Termes : le quart du produit des mines de Palairac et du Termenès ainsi que le contrôle des chemins d’accès aux mines sont consentis au vicomte de Carcassonne et Béziers.

Lors de la croisade contre les Albigeois, après la reddition de Carcassonne en 1209 et de Minerve en 1210, Simon de Montfort fait le siège de Termes. Celui-ci dure d’août à novembre. Raymond de Termes commande une puissante garnison, le château est bien approvisionné. Les faibles effectifs des croisés semblent dérisoires face aux rochers escarpés couronnés de murailles. Les engins de siège permettent toutefois d’ouvrir une brèche dans la première ligne de défense du faubourg. Les assiégés, victimes de la pollution des eaux, abandonnent le site. La chute de la forteresse a un grand retentissement et provoque l’effondrement de la résistance dans les Corbières. Le château est donné par Simon de Montfort à un de ses compagnons, Alain de Roucy, qui meurt en 1221 au cours du siège de Montréal. En 1224, Amaury de Montfort cède le château de Termes à l’archevêque de Narbonne. Mais cette donation est sans effet dans la mesure où Amaury de Montfort, qui n’a pu conserver les conquêtes de son père, ne détient aucun pouvoir réel. Lors de la croisade royale, Olivier et Bernard de Termes font leur soumission au roi Louis VIII et laissent s’installer à Termes une garnison royale. La cession du château au roi est confirmée en 1228. En 1255, le château est pourvu d’une garnison royale de quinze sergents. L’année 1258 voit la fixation de la frontière au sud des Corbières. En 1260, les effectifs de la garnison sont de huit sergents.

Il est difficile de dater précisément les vestiges actuels. Mais on peut établir des comparaisons architecturales avec les autres sites. Si les constructeurs royaux sont intervenus dans la seconde enceinte, comme l'indiquent les vestiges subsistants (appareil, arc en segment), l'essentiel de leurs travaux s'est porté sur la courtine de la première enceinte au tracé déjà défini sur le front sud. On peut en outre distinguer deux campagnes dans la construction des deux tours du front est, l'une à bossage et l'autre à appareil lisse. Tout ceci nous conduit à penser que la construction de Termes s’est prolongée jusqu'au troisième quart du XIIIe siècle. En 1302, on y compte un châtelain, un chapelain, un portier, un guetteur, un écuyer et dix sergents. Dans le contexte des guerres opposant la France à l’Angleterre, les Anglais gagnent à leur cause le châtelain de Termes, Pierre Nicolay, qui refuse en 1357 de remettre le château au comte d’Armagnac, lieutenant du roi de France.

Le 7 janvier 1562 une garnison de sept hommes occupe le château dont l’inventaire des armes et munitions est dressé devant notaire lors de la prise de possession par le nouveau châtelain, Pierre d’Arse. En 1649, peu après la conquête du Roussillon par Louis XIII, lorsque Henri de Bourcier de Saint-Aunès, par ailleurs gouverneur de Leucate, est nommé châtelain, le château est encore pourvu en armes et en munitions. En 1652, le roi, considérant que la place forte de Termes ne présente plus aucune utilité, en ordonne la démolition par corvée. En avril 1653, devant le peu d’empressement des populations de la contrée, les travaux sont confiés à un entrepreneur ; les armes et munitions récupérées sont alors provisoirement stockées au château de Villerouge. Les indemnités dues au châtelain s’élèvent à 6 800 livres, le coût de la démolition à 6 200 livres payées par le diocèse de Narbonne4.


1 : D’après H. Débax, La féodalité languedocienne, XIe-XIIe siècles. Serments, hommages et fiefs dans le Languedoc des Trencavel. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2003, p. 78, 85, 155.

2 : D’après E. Magnou-Nortier et A.-M. Magnou, Recueil des chartes de l’abbaye de Lagrasse, tome 1, 779-1119. Paris, CTHS, 1996, p. 248-251.

3 : D’après H. Débax, op.cit., p. 148.

4 : D’après L. Bayrou, Languedoc-Roussillon gothique, l'architecture militaire de Carcassonne à Perpignan, Picard, Paris 2013, p. 211-214.

Les recherches archéologiques récentes, en relation avec les travaux de consolidation, permettent d’appréhender les grandes lignes de l’organisation de la deuxième enceinte. Une rampe se développant à l’angle sud-est permet d’accéder aux vestiges de la porte. Un ensemble de constructions est encore perceptible. Le premier bâtiment, immédiatement à droite de la porte, est une citerne matérialisée par son enduit de tuileau. Au-dessus s’élèvent deux salles de plan rectangulaire, dont la première conserve les arrachements d’une voûte en berceau. À gauche, sont les vestiges d’une pièce dont le mur nord recèle un évier réalisé au moyen d’une dalle. On remarque plusieurs phases de construction dans le mur formant la courtine du front sud. À l’angle sud-ouest, on perçoit les premières assises d’une tourelle de plan circulaire, dont l’assiette est formée par le rocher taillé en tronc de cône. À côté se trouvent les vestiges d’une autre citerne. Une grande partie du front ouest est occupée par une construction rectangulaire dont les arrachements nous indiquent qu’elle était voûtée en berceau brisé. La fenêtre cruciforme conservée dans le mur oriental nous indique l’emplacement probable de la chapelle. La terrasse sommitale, littéralement encombrée des pans de mur pétardés, correspond à l’emplacement du donjon antérieur à la croisade. Celui-ci est  encore entouré de quelques vestiges de murs bordant l’à-pic du rocher, à quelques mètres en deçà de la courtine nord. Nous sommes sans doute en présence d’une typologie analogue à celle d’Aguilar : une enceinte d’époque royale entoure une fortification antérieure. Encore convient-il de nuancer. Nous avons indiqué les traces de reprise ou de confortation, tant dans la première enceinte que dans la seconde. Des travaux d’entretien et de consolidation des ruines ont été entrepris à partir de 1990, poursuivis par des travaux complémentaires en 1997, achevés l’année suivante. Parallèlement, des sondages archéologiques, débutés en 1975, repris en 1992, ont été poursuivis pour permettre une étude archéologique d’ensemble. Cette recherche, encore en cours, met en évidence un aménagement du site dès le XIe siècle, ainsi que des structures de l’époque féodale antérieures à la croisade et au siège de 1210.