L’UNESCO pour nos châteaux !

VIDÉO > Patrimoine mondial à l'Unesco : mode d'emploi

Nous remercions l’Association des biens français du Patrimoine Mondial pour la communication de cette vidéo

 

Restructurés dans la seconde moitié du XIIIe siècle, sur des sites occupés au préalable par des constructions féodales, la Cité de Carcassonne et les châteaux sentinelles de montagne témoignent de l’affirmation d’une architecture militaire royale de défense destinée à contrôler un territoire nouvellement conquis (à la suite de la croisade contre les Albigeois) et la frontière franco-aragonaise. Ces châteaux, construits sur des pitons aux parois abruptes, irremplaçables vigies surveillant le territoire, constituent, avec Carcassonne, siège de la sénéchaussée et, à ce titre, centre du pouvoir militaire, politique et administratif, un témoignage unique de ce qu’était un système territorial de défense coordonné et homogène. Très abouti, ce modèle d’architecture initié par Philippe Auguste, a été diffusé à une échelle européenne (Castel del Monte en Italie, Château de Marbais en Belgique…) et moyenne orientale (Crac des chevaliers en Syrie, château de Silifke en Turquie…) L’ensemble de ces forteresses reprend, en l’adaptant aux sites de montagne, le modèle « philippien » : plan géométrique, avec des tours de flanquement rondes et creuses, un châtelet d’entrée, des archères en étrier ou en bêche, des crénelages et des hourds, dans une recherche de symétrie architecturale.

VIDÉO > Bien vu pour la VUE !

Entretien d'un spécialiste, Nicolas Faucherre, membre du comité scientfique, professeur à l'Université d’Aix Marseille d’histoire de l’Art et d'archéologie médiévale, spécialiste des fortifications. Il décrypte dans cette vidéo la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) des citadelles du vertige :

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) est née en novembre 1945. Son objectif est de construire la paix dans l'esprit des hommes à travers l’éducation, la science, la culture et la communication. Dans le domaine de la culture, l’Unesco a élaboré un ensemble d’instruments internationaux pour la sauvegarde de la diversité créative du monde. Parmi ces documents, la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel est considérée comme l’un des instruments internationaux les plus efficaces en matière de conservation de sites du patrimoine.

En considérant le patrimoine sous ses aspects culturels aussi bien que naturels, la Convention du Patrimoine mondial prône l’interaction entre l’être humain et la nature et la nécessité fondamentale de préserver l’équilibre entre les deux.

L’inscription d’un Bien sur la Liste du patrimoine mondial se réalise en deux temps : Inscription sur la liste indicative nationale une étape préalable obligatoire

Seuls les Etats signataires de la convention peuvent proposer à l’Unesco des biens pour inscription sur la Liste du Patrimoine mondial. Le Comité du Patrimoine mondial demande à chaque état de lui transmettre une liste indicative des biens qu’il souhaite proposer pour inscription dans les années à venir. En retour, les sites inscrits sur les Listes indicatives s’engagent à tout mettre en œuvre pour restaurer, protéger, valoriser et transmettre aux générations futures ce patrimoine dont ils ont la charge et qu’ils doivent partager avec le monde entier.

Dépôt du dossier d'inscription

Le dossier de candidature est déposé par l'Etat auprès de l’Unesco. L’Unesco rend sa décision au plus tôt 18 mois plus tard, après expertise. Cette évaluation technique est assurée par l’ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites) pour les biens culturels ou par l’UICN (Union mondiale pour la conservation de la nature) pour les biens naturels.

La décision finale est rendue par le Comité du Patrimoine mondial concernant l’acceptation ou le refus d’inscription. Il peut aussi différer sa décision et demander à l’Etat partie de plus amples informations sur le site.

La Liste des Biens inscrits au Patrimoine Mondial concerne 1052 Biens.

En complément : le site web de l'Unesco

Justification de la Valeur universelle exceptionnelle

Depuis l’Antiquité tardive, des fortifications ont été érigées sur la colline où est aujourd'hui située Carcassonne, ainsi que sur certains sites proposés dans la série. Au temps des comtes de Toulouse et de Barcelone (Xe – XIIIe siècles), les sites des éléments constitutifs de la série, sont occupés par des agglomérations perchées et par des forteresses féodales. Nombre de celles-ci abritent des communautés hérétiques (albigeois ou cathares). Pendant et après la croisade contre les Albigeois, ces lieux leur servent de refuge et de foyer de résistance à la conquête.

Restructurés dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, la Cité de Carcassonne et les châteaux de la sénéchaussée constituent l’une des premières constructions en série inspirées du modèle de fortification promu par Philippe Auguste. Ils témoignent de la mise en place d’une norme architecturale, aussi bien destinée à la mise en défense qu’à l’affirmation du pouvoir royal sur un territoire nouvellement conquis, à l’issue de la croisade contre les Albigeois.

Siège d’une sénéchaussée royale, la Cité de Carcassonne devient un centre de pouvoir civil et militaire. Autour d’elle, les châteaux d’Aguilar, de Lastours, de Montségur, de Peyrepertuse, de Puilaurens, de Quéribus et de Termes fortifient et contrôlent le territoire du sud du Languedoc face au royaume d’Aragon. Cet ensemble défensif homogène est particulièrement imposant. Il est aussi destiné à affirmer l’autorité des rois capétiens sur des populations nouvellement soumises, en partie hérétiques et susceptibles de rébellion.

La série de sites défensifs est édifiée en seulement quelques décennies, autour de 1300, sur les sommets montagneux des piémonts pyrénéens et de la montagne Noire. Leur situation topographique exerce de fortes contraintes sur leur construction, qui confine à la prouesse architecturale. Ces forteresses témoignent d’une grande capacité d’adaptation du modèle de fortification de l’époque à un relief tourmenté. Elles montrent également diverses avancées techniques par la mise en oeuvre rapide de chantiers parallèles, le recours à une préfabrication partielle et d’importants progrès dans la poliorcétique. Elles constituent aujourd’hui des repères visuels impressionnants au sommet de leurs crêtes rocheuses, qu’elles prolongent audacieusement vers le ciel, dans des paysages remarquables.

Carcassonne et l’ensemble des sites formant la série sont emblématiques de la planification d’un système défensif frontalier, planification caractéristique des débuts de l’État centralisé en France.

L’affirmation du pouvoir royal et la reprise en main par l’Eglise romaine marquent l’histoire du XIIIe siècle en Languedoc. Il reste de ces époques un patrimoine matériel religieux déjà reconnu : Cité épiscopale d’Albi inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial en 2010 au titre des critères (iv) et (v), et de châteaux : Cité de Carcassonne inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial en 1997 au titre des critères (ii) et (iv) et cette proposition d’inscription de la Cité de Carcassonne et de ses châteaux sentinelles de montagne, ainsi qu’un patrimoine immatériel de l’histoire cathare.

Au XIXe siècle, le goût romantique pour les ruines et le passé médiéval favorise la « redécouverte » de la Cité de Carcassonne et de certains des châteaux proposés dans ce bien culturel en série. Par la suite, la restauration / restitution de la Cité de Carcassonne par Viollet-le-Duc illustre la vision de l’architecture médiévale à cette époque, et instaure une politique nationale de conservation et de mise en valeur des monuments historiques en France.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, une émission télévisée et les nombreuses publications qui l'ont suivi popularisent l’histoire du catharisme, en faisant un élément identitaire du Languedoc et en donnant lieu parfois à une reconstruction mythique de ce passé.

Autant la Cité de Carcassonne a fait l’objet d’une restauration / interprétation référence, autant les châteaux sentinelles de montagne témoignent de politiques de restauration moins interventionnistes visant au maintien de l’état de ruine. Leur situation paysagère exceptionnelle participe de l'intérêt du grand public.

Critère (ii) (témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou la création de paysages).

Carcassonne et les châteaux du sud du Languedoc témoignent, au XIIIe siècle, de la diffusion d’un modèle de forteresse royale depuis le nord de la France vers le bassin méditerranéen, et de son adaptation à des crêtes montagneuses escarpées. Leur construction contribue à l’expansion et à l’affirmation du pouvoir royal français à la suite de l’une des rares croisades menées contre une population chrétienne. Les progrès de la poliorcétique en terrain à fort dénivelé permettent la victoire du roi de France. Ses techniciens en tirent les leçons et adaptent le modèle architectural à cette nouvelle science du siège.

Ces châteaux témoignent aussi de l’efficacité de l’administration royale, expression d’un nouveau pouvoir centralisé qui allait durablement marquer le développement des grands États européens alors en gestation. Le modèle royal est rapidement adopté et mis en oeuvre par les grands vassaux du sud de la France.

Enfin, Carcassonne et ses châteaux sentinelles de montagne du XIIIe siècle témoignent des théories et pratiques successives de restauration du patrimoine, mais aussi de leur réappropriation (voire réinterprétation) à travers les époques. Les sites de la série documentent ainsi chacun un type d'intervention. La première et la plus marquante est la réinvention d'un Moyen Âge idéal, simultanément étudié scientifiquement et fantasmé, aboutissant à l’invention d’une restauration volontariste d'une grande qualité architecturale par Viollet-le-Duc pour Carcassonne. Il fonda là une école de restauration du patrimoine bâti médiéval. Ensuite, le bien en série témoigne des interventions actuelles plus minimalistes et respectueuses de l'authenticité originelle dans le but de cristalliser les ruines et d'en faciliter l'accès et la compréhension aux visiteurs, en passant par des restaurations intermédiaires, qui ont eu le mérite de remonter des pierres éparses pour les transformer en sites interprétables.

Critère (iv) (offrir un exemple éminent d’un type de construction ou d'ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des période(s) significative(s) de l'histoire humaine. )

Précoce production en série du modèle de fortification initié par Philippe Auguste, Carcassonne et les châteaux du sud du Languedoc résultent de l’affirmation d’une architecture militaire royale durant la seconde moitié du XIIIe siècle et au début du suivant. Cette cité fortifiée et les châteaux associés sont des exemples éminents d’une remarquable adaptation du génie militaire de l’époque aux contraintes du relief. Cette adaptation se traduit aussi bien dans les formes architecturales et les dispositifs tactiques que dans les processus d’édification. Théâtres de sièges souvent bien documentés, Carcassonne et plusieurs de ces châteaux font figure de laboratoires de la poliorcétique de l’époque médiévale.

La ville haute de Carcassonne est un excellent exemple de cité médiévale fortifiée dont l’énorme système défensif a réutilisé des remparts datant de la fin de l’Antiquité.

La Cité de Carcassonne et ses châteaux sentinelles de montagne témoignent des différents événements historiques qui se sont déroulés dans le sud du Languedoc, au sein desquels l'expansion puis la répression de la foi cathare revêtent une importance particulière.

La Cité de Carcassonne doit son importance exceptionnelle aux travaux de restauration entrepris pendant la deuxième moitié du XIXe siècle par Viollet-le-Duc qui influença fortement l’évolution des principes et des pratiques de conservation. Les châteaux sentinelles de montagne témoignent également des phases de réappropriation et de restaurations successives du patrimoine à partir de la fin du XIXe siècle.

La morphologie des paysages dans lesquels s'insèrent ces châteaux a fortement influencé les techniques d'édification ainsi que les modalités défensives et les formes architecturales adoptées.

La qualité de ces paysages évolutifs participe aujourd'hui de la perception et de l'appréciation de ces forteresses.

Un comité scientifique aux compétences et rattachements universitaires diversifiés a été constitué. Son expertise et ses travaux ont permis de constituer le dossier qui a été présenté au Comité des biens français à l’Unesco.

> Sa composition : Historiens médiévistes, sociétés méditerranéennes, faits culturels et religieux, fortifications, archéologues, conservateurs du patrimoine, sociologues, ethnologues, directeurs de recherche autour des sites, paysages et espaces patrimoniaux.

> Sa mission : Assister le maître d’ouvrage dans la détermination puis déclaration du projet de Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE) et le positionnement du bien en série sur les critères appropriés du patrimoine mondial.

Le comité :

Les membres du comité scientifique réunis autour d'André Viola, Président du Département de l'Aude