Les châteaux de Lastours


Les châteaux de Lastours
sont au nombre de quatre groupés sur deux sommets voisins et un col : Cabaret, Tour Régine, Surdespine et Quertinheux. Le site a longtemps été appelé du nom du principal édifice : Cabaret. Ils se trouvent entre 260m et 285m d'altitude, sur le territoire de la commune de Lastours.

 

Cabaret Le château éponyme, au nord de l’éperon, est constitué d’un donjon polygonal, d’un logis et d’une tour carrée, reliés par une courtine. Deux citernes y sont visibles : l’une dans le logis, l’autre près de la courtine nord. En partie écroulée vers le nord, l’enceinte pentagonale est cependant demeurée presque entière, conservant par endroits des lambeaux de son crénelage et son chemin de ronde, que d’amples arcatures en arc brisé soutiennent encore. Dans la cour, il y a une citerne. Au nord, se trouvent les vestiges d’une tour carrée comme mentionné ci-dessus. Tout le front est sur une falaise qui surplombe directement la rivière Orbiel. Contre lui, le logis mentionné auparavant, flanqué de l’escalier qui mène au faîte des remparts, attenant par le sud au donjon dont les pierres d’angles, en calcaire clair soigneusement taillé, contrastent avec la gamme gris-violacé des rudes pierres tout-venant de schiste qui forment le parement des murs. Au rez de-chaussée, vouté en berceau brisé, était peut-être située la chapelle. L’escalier circulaire, tout entier pris dans l’épaisseur du mur, est aujourd’hui entièrement ruiné; il conduisait à deux salles, dont la plus haute est voûtée sur croisée d’ogives.

La Tour Régine, qui signifie « tour de la reine », symbolise bien la prise du pouvoir par l’autorité royale. D’une superficie plus réduite que le précédent édifice, elle est constituée d’une tour de plan circulaire, couverte d’une remarquable coupole en limaçon (composée d’une seule assise de pierres disposées en spirale depuis le bas jusqu’au faîte). Une porte au décor mouluré s’ouvre au premier étage de la tour. L’ensemble est protégé par une courtine endommagée, percée d’archères. La tour Régine est construite sur un espace restreint ; son unique tour ronde était seulement protégée d’une petite enceinte dont il reste peu de choses. L’escalier est détruit, et les étages supérieurs, dont le dernier est aussi voûté sur croisée d’ogives, sont maintenant inaccessibles.

Plus au sud, parfois appelé aussi « Fleur Espine », le château de Surdespine est juché au sommet de la crête d’où, par temps clair, on voit Carcassonne. Il est constitué de deux logis rectangulaires séparés par une citerne. Un vaste espace polygonal l’entoure, protégé par un mur presque aveugle. L’ensemble est très démantelé,  mais on peut se glisser dans une succession de salles voûtées en berceau, aux murs enduits de mortier de tuileau à la couleur rose caractéristique.

Le dernier château, perché sur un piton isolé en contrebas des trois autres, se nomme Quertinheux. La tour est comparable à celle de Tour Régine, mais sa courtine est plus complexe et présente des arcs qui soutenaient un chemin de ronde. Mis à part le rempart sud, assez bien conservé, avec son chemin de ronde sur arcatures puissantes, et la citerne, dont la voûte est visible, tout cet ensemble, qui faisait communiquer l’esplanade avec la cour supérieure, est très ruiné. La partie haute est mieux conservée ; c’est une terrasse enserrée de murs dans laquelle est creusée une autre citerne, et qui devait être encombrée de logis, protégés au nord par un bec saillant (éperon). Le donjon, comparable à celui de la tour Regine, est de construction soignée ; il comprend un rez-de chaussée et deux étages. Ce dernier possédait une voûte, aujourd’hui effondrée, et dont on ne voit plus que le départ des six nervures.

Lastours est implanté sur les premiers contreforts de la Montagne Noire, au coeur du Cabardès, entre la rivière Orbiel et le torrent du Grésilhou. Situé à l’ouest du Languedoc et au sud-ouest du Massif Central, entre le Lauragais et le Minervois, ce territoire est soumis à des influences océaniques et méditerranéennes. Le Cabardès est marqué par des paysages viticoles de plaines et de collines dans sa partie sud, et par les premiers reliefs plus abrupts de la Montagne Noire au Nord. Cette situation charnière et l’influence des climats est à l’origine d’une diversité de paysages dominés par la garrigue et le maquis.

À Lastours, la diversité d’ambiances végétales parle de l’histoire du site. Malgré la forte présence de roches calcaires affleurantes, qui traduit des conditions pédologiques difficiles, l’environnement direct des châteaux de Lastours est cerné d’une végétation qui s’accroche aux versants. La proximité avec le Minervois méditerranéen lui confère des paysages dominants similaires, marqués par l’aridité. Ils sont caractérisés par la garrigue, d’une végétation buissonnante et arbustive formée d’espèces xérophytes (plantes vivant en milieu aride, capables de résister à de grands déficits d’eau). À cette végétation s’ajoutent des boisements de différents types : bois de chênes verts foisonnants sur les versants les plus ombragés et pinèdes à pin sylvestre sur certains versants et plateaux, et plantation de cyprès dans les années 1930. Les cours d’eaux marquent aussi fortement le paysage d’une végétation hygrophile (espèces végétales qui poussent dans les milieux humides) où l’on retrouve notamment saules et aulnes qui apportent une ambiance plus luxuriante dans les fonds de vallée.

Le site de Cabaret est occupé dès la Protohistoire. Sous le château de Quertinheux, dans une caverne à double porche, dit « trou de Cité » en raison d’une légende qui voudrait la relier à la Cité de Carcassonne, était aménagée une sépulture datant de la fin du Bronze ancien ou des débuts du Bronze moyen (vers 1700-1600 av. J.-C.).

Cabaret est ensuite attesté au VIe siècle après Jésus-Christ. Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs, raconte qu’en 585, lorsque Gontran, roi des Burgondes, évacue la région de Carcassonne, « Recarède, fils de Leovigild [alors roi des Wisigoths], venant d’Espagne, prend Caput Arietis castra… ». Le texte de Grégoire de Tours semble indiquer l’existence d’un site fortifié (castra). Les fouilles programmées de 1988 à 1991 ont permis la mise au jour d’une dizaine de tombes, datées du VIe siècle, confirmant cette occupation.

La deuxième mention concernant ce site date de 1063 et évoque déjà l’existence de plusieurs châteaux sur cet éperon (castellos quae sunt in pic quae vocant Cabarez). Dès le début du XIIe siècle, ce site s’affirme comme centre d’une importante seigneurie minière (fer). On connaît alors les noms de trois châteaux : Quertinheux, Surdespine et Cabaret, qui appartiennent vraisemblablement chacun à un membre de la famille seigneuriale. Un marché y voit même le jour en 1145. Dans une donation de pacages au monastère de Fontfroide, en 1166, on apprend que Cabaret est une seigneurie qui ne compte pas moins de 22 coseigneurs. Toutefois à la fin du XIIe siècle, on assiste à un resserrement lignager et on ne trouve plus mention que de trois coseigneurs.

Entre la fin du XIIe siècle et la fin du XIIIe siècle, Cabaret est un centre important du catharisme : les évêques cathares du Carcassès séjournent fréquemment dans le castrum. Des maisons abritent de petites communautés de "parfaits" ou de "parfaites". En 1209, Cabaret est assiégé en vain par les Croisés menés par Simon de Montfort. La capture de Bouchard de Marly, un proche de Simon de Montfort, permet au seigneur de Cabaret de se rendre en 1211 dans de bonnes conditions.

Les fouilles menées depuis 25 ans ont mis au jour deux quartiers du village castral (XIe-XIIIe siècle) : au nord entourant un château primitif, un ensemble de maisons, de forges, de citernes et une rue pavée ; au sud, les ruines de la chapelle romane Saint-Pierre de Cabaret (fin XIe-début XIIe siècle), entourée d’un cimetière, de plusieurs maisons, de citernes et d’une forge1. Depuis 1223, le castrum est tenu à nouveau par trois coseigneurs : Pierre-Roger de Cabaret, Pierre de Laure et Bernard-Othon de Niort. Lorsque commence la Croisade royale, la situation devient difficile : de 1227 à 1229, Cabaret résiste à l’armée royale et se soumet en 1229. Le roi installe alors une garnison. Vers 1238, les autorités royales envisagent de modifier la fortification du site. Après l’insurrection de Raymond II Trencavel en 1240, l’ensemble castral (les trois châteaux et le village) est entièrement détruit sur ordre du roi, comme le sont pour les mêmes raisons les bourgs de la Cité2.

Peu de temps après, le roi fait procéder au réaménagement du site : de nouveaux châteaux, de dimensions assez réduites, sont édifiés au sommet de la crête. Trois d’entre eux reprennent le nom des anciennes tours seigneuriales (Cabaret, Surdespine et Quertinheux) ; un quatrième comble l’espace entre Cabaret et Surdepine, la Tour Régine. L’examen attentif des structures permet de penser que le nouvel ensemble fortifié découle d’un même parti-pris architectural et de campagnes de construction chronologiquement proches de celle de la Cité de Carcassonne. Chaque tour est occupée par une petite garnison royale dont on a la constitution en 1260 : à Cabaret, un châtelain, un chapelain, un charpentier et un sergent ; à Tour Régine, à Quertinheux et à Surdespine, un châtelain et deux sergents3.

Dans le même temps, comme il le fait à Carcassonne en créant la bastide sur la rive gauche de l’Aude, le roi déplace de l’autre côté de la rivière (l’Orbiel) la population du castrum détruit en 1240. Le nouveau village, établi dans les années 1260-1270, prend l’appellation Ripparia Cabareti (Rivière de Cabaret), jusqu’à la Révolution française, où il prend le nom actuel de Lastours.

Dans l’état où l’on peut les observer actuellement, les quatre châteaux ont été construits au milieu du XIIIe siècle, après la Croisade contre les Albigeois, quand le roi de France restructure les forteresses du Languedoc et y place des garnisons. Des modifications, notamment la construction des courtines extérieures, y ont été apportées au XVIe siècle, lors des guerres de religion.


Le nom de Lastours (évoquant les fortifications qui dominent le village) ne devient la dénomination officielle du site de Cabaret qu’au XVIIIe siècle. D’après M.-E. Gardel, B. Jaudon et S. Olivier, op.cit.

1 : D’après P. Jiménez, D. Baudreu, L. Bayrou, F. Sarret, M.-E. Gardel et H. Gaud, op.cit., p. 96-102.

2 : D’après M.-E. Gardel, B. Jaudon et S. Olivier, op.cit.

3 : D’après M.-E. Gardel, Vie et mort d’un castrum. Cabaret, archéologie d’un village médiéval en Languedoc (XIe-XIIIe s.). Cahors, L’Hydre, 2004, 122 p.

Les fouilles archéologiques ont permis de révéler la présence de l’être humain il y a plus de 4000 ans, en contrebas des actuels châteaux. Près de l’impressionnant tunnel, dit « Trou de la cité » en raison d’une légende qui voudrait le relier à la Cité de Carcassonne, ont été trouvés les restes d’une fillette datant de l’Âge du Bronze moyen (-1500 av. J.C.) : c’est la première occupation connue du site.

Mais surtout, grâce aux fouilles menées depuis 25 ans, on peut maintenant visiter deux quartiers du village castral (XIe-XIIIe siècles) : au nord, entourant un château primitif, un ensemble de maisons, de forges, de citernes et une rue pavée ; au sud, les ruines de la chapelle romane Saint-Pierre de Cabaret (fin XIe-début XIIe siècle), entourée d’un cimetière, de plusieurs maisons, de citernes et d’une forge. Les fouilles ont livré de nombreux objets de la vie quotidienne : céramiques grises, clés, boucles et accessoires de vêtement, ustensiles et outillages. Elles permettent de donner une idée assez précise de la vie quotidienne au moment de la croisade.

Après un long abandon, les ruines du village ont été peu à peu occultées par la construction de terrasses en pierres sèches destinées aux cultures (XVIIIe-XXe siècles), dont on voit encore de nombreux témoins1.


1 : D’après la contribution : P. Jiménez, D. Baudreu, L. Bayrou, F. Sarret, M.-E Gardel et H. Gaud, op. cit., p.102.