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APRÈS LE TRAITÉ DES PYRÉNÉES (1659)

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En signant le 7 novembre 1659 le traité des Pyrénées, l’Espagne et la France mettent fin à une guerre qui a débuté en 1635. Il consacre le déplacement de la frontière franco-espagnole vers le sud, au-delà du Roussillon, jusqu’à la ligne de crête des Pyrénées et parfois un peu au-delà (Cerdagne). En conséquence, les forteresses de la sénéchaussée de Carcassonne perdent leur rôle frontalier et leur usage militaire se réduit fortement. Plusieurs d’entre elles gardent cependant une garnison, d’autres sont abandonnées ; toutes le sont définitivement à la Révolution. Peu à peu, l’histoire de ces sites spectaculaires glisse dans l’imaginaire collectif, voire dans la légende.

ROMANTISME ET PATRIMOINE

Au XIXe siècle, le goût romantique pour les ruines et le passé médiéval favorise la naissance des « voyages pittoresques » à travers la France, qui recèle de monuments à découvrir et à protéger. C’est ce mouvement qui conduit à la création en 1830 du poste d’inspecteur général des monuments historiques, occupé à partir de 1834, par l’écrivain Prosper Mérimée. Dans ce contexte, la « redécouverte » de la Cité de Carcassonne, alors vouée à la démolition après son déclassement comme place de guerre, va être suivie d’un chantier de restauration colossal, mené par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc et ses successeurs : la cathédrale Saint-Nazaire (classée en 1840) est restaurée à partir de 1844, et la Cité (fortifications classées en 1849) à partir de 1853. Eugène Viollet-le-Duc s’appuie, pour ses restaurations, sur toutes les données objectives dont il dispose, sur une analyse minutieuse du monument qu’il a relevé en détail.

Dans le même temps, le nouvel attrait pour le patrimoine médiéval français pousse les visiteurs jusque dans les châteaux haut perchés des environs : des graffiti témoignent de leur présence dans les châteaux de Lastours dès la fin du XIXe siècle. Les unes après les autres, ces forteresses sont classées monuments historiques : Montségur dès 1862, Puilaurens en 1902, Lastours en 1905, Quéribus en 1907 et Peyrepertuse en 1908.

 

Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), portrait de Nadar.

 

REGARDS CONTEMPORAINS

Dans la seconde moitié du XXe siècle, une série télévisée, La Caméra explore le temps, et plusieurs publications popularisent l’histoire du catharisme, en faisant un élément identitaire du Languedoc et en donnant lieu parfois à une reconstruction mythique du passé. Mais à partir des années 1970, par tâtonnements successifs, des coups de boutoir vont être portés à ce fameux mythe des « châteaux cathares » dans l’Aude, apportant la preuve, par l’architecture, qu’il s’agit en réalité de forteresses royales construites après la croisade contre les Albigeois au XIIIe siècle et selon les principes de défense active initiés sous le règne de Philippe Auguste. La valeur symbolique attribuée communément par le grand public à ces châteaux dits « cathares » repose donc sur un grand malentendu.

À partir des années 1990, une mise en valeur systématique des châteaux est entreprise, comprenant des travaux de restauration, de dégagement des accès, de création de centres d’accueil des visiteurs, etc., notamment à Peyrepertuse, Lastours, Puilaurens, Quéribus et Montségur. La marque « Pays cathare » est déposée par le conseil départemental de l’Aude, accompagnant un vaste programme de développement touristique et culturel durable à des fins identitaires et touristiques. Les sites des châteaux sont aujourd’hui devenus des repères visuels sur des parcours touristiques et des symboles majeurs d’une identité régionale contemporaine.