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LES CHÂTEAUX DE LASTOURS

LES CHÂTEAUX DE LASTOURS

Cabaret, Tour Régine, Surdespine et Quertinheux : les quatre châteaux de Lastours s’étagent sur les premiers contreforts de la Montagne Noire, à 18 km au nord de Carcassonne. Quatre sentinelles de montagne, érigées à partir de la seconde moitié du XIII siècle à la demande du roi de France, à l’emplacement de trois anciens châteaux féodaux.

SITUATION PAYSAGÈRE ACTUELLE

Les quatre châteaux de Lastours s’étagent entre 260 m et 285 m d’altitude sur une arête rocheuse de 600 m de long et de 250 m de large, sur les premiers contreforts de la Montagne Noire, au cœur du Cabardès, entre la rivière Orbiel et le torrent du Grésilhou. Un promontoire aride et abrupt, composé d’un calcaire très dur datant de l’ère primaire et creusé de nombreuses cavités. Les reliefs environnant de la Montagne Noire, zone de contact entre calcaires et schistes, regorgent de minerais métalliques de toute sortes : fer, cuivre, plomb argentifère, or, etc. Leur exploitation très ancienne, probablement dès l’âge du bronze, est attestée depuis l’Antiquité par les vestiges de la mine de cuivre romaine des Barrencs (IIᵉ siècle av. J.-C.) et se poursuivait encore très récemment (fermeture de la mine d’or de Salsigne-Villanière en 2004).
Situé à l’ouest du Languedoc et au sud-ouest du Massif Central, entre Lauragais et Minervois, le Cabardès est soumis à des influences océaniques et méditerranéennes à l’origine d’une diversité de paysages dominés par la garrigue et le maquis.
À cette végétation buissonnante et arbustive, capable de résister à de grands déficits d’eau, s’ajoutent des bois de chênes verts foisonnants sur les versants les plus ombragés et des pinèdes à pin sylvestre sur certains versants et plateaux. Sans oublier les cyprès, plantés aux abords des châteaux dans les années 1930 afin de prévenir l’érosion des sols. Leurs silhouettes majestueuses et effilées font écho à celles des tours fortifiées, ajoutant à la magie du site.
Au fond des vallées, les cours d’eau ont permis l’implantation d’une végétation plus luxuriante, marquée notamment par la présence des saules et des aulnes.

BON À SAVOIR – Afin de prendre toute la mesure du site et de profiter de la beauté du paysage, il est conseillé de se rendre au belvédère de Montfermier, situé près du camping sur la D 701, à 2km à l’ouest du village de Lastours.

HISTOIRE

Dressées fièrement sur leur promontoire rocheux, les silhouettes altières des quatre châteaux de Lastours illustrent sans équivoque leur rattachement au domaine royal au XIIIᵉ siècle. Le site témoigne cependant d’une occupation bien plus ancienne et fut longtemps appelé du nom de son principal édifice : Cabaret.

LA PRINCESSE AU COLLIER

La première occupation avérée du site de Lastours remonte à près de 4 000 ans. En 1961, les archéologues découvrent la sépulture d’une fillette datant de l’âge du bronze moyen (vers 1 700-1 600 av. J.-C.), dans une cavité située en contrebas des actuels châteaux, dit « Trou de la Cité » (voir plus bas « Description du site »). La parure de perles et les bijoux de bronze exhumés avec le corps, d’une finesse et d’une qualité exceptionnelles, laissent deviner un statut social élevé, qui valent encore aujourd’hui à la jeune fille le surnom de « princesse au collier ». Emprunté de l’art grec et égyptien, le style des bijoux témoigne en tout cas des échanges existant à cette période entre les peuples du Cabardès et le monde méditerranéen. Le travail du bronze laisse quant à lui supposer une exploitation précoce des ressources minières de la Montagne Noire.

Cabaret est ensuite mentionné au VIe siècle apr. J.-C. dans l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours, sous le nom de Caput Arietis castra, pris en 585 par « Recarède, fils de Leovigild [alors roi des Wisigoths] », lorsque Gontran, roi des Burgondes, évacue la région de Carcassonne. Le texte de Grégoire de Tours semble ainsi indiquer déjà l’existence d’un site fortifié (castrum). Les fouilles programmées de 1988 à 1991 ont mis au jour une dizaine de tombes, datées du VIe siècle, confirmant cette occupation.

UN CASTRUM « PARFAITEMENT » TENU

La deuxième mention du site date de 1063 et évoque déjà l’existence de plusieurs châteaux sur cet éperon. Dès le début du XIIe siècle, ce site s’affirme comme le centre d’une importante seigneurie minière exploitant le fer. On connaît alors les noms de trois châteaux : Quertinheux, Surdespine et Cabaret, qui appartiennent vraisemblablement chacun à un membre de la famille seigneuriale. Il s’agit alors de petits châteaux assez rudimentaires, situés à mi-pente du site actuel et groupés aux habitations des villageois. L’ensemble forme ce qu’on appelle un castrum. Les fouilles menées depuis 25 ans ont mis au jour deux quartiers du village castral (XIe-XIIIe siècle), composés de vastes maisons, de forges, de citernes, d’une chapelle et d’un cimetière. Un marché y voit même le jour en 1145.

Dans un texte de 1166, on apprend que la seigneurie de Cabaret est tenue par 22 coseigneurs, pas moins ! Toutefois, à la fin du XIIe siècle, on ne trouve plus mention que de trois coseigneurs. C’est à cette époque que Cabaret devient un centre important du catharisme : les évêques cathares du Carcassès séjournent fréquemment dans le castrum et les maisons abritent de petites communautés de « parfaits » ou de « parfaites ».

 

SEIGNEURS CONTRE CROISÉS

En 1209, Cabaret est assiégé en vain lors de la croisade des Barons menée par Simon de Montfort. La forteresse appartient à l’époque à Pierre-Roger de Cabaret, fidèle des vicomtes Trencavel, qui décide de capturer Bouchard de Marly, un proche de Simon de Montfort. Sa libération permet au seigneur de Cabaret de se rendre dans de bonnes conditions en 1211. Malgré cette soumission, les populations restent hostiles aux croisés et, en 1223, le castrum est repris par trois coseigneurs : Pierre-Roger de Cabaret, Pierre de Laure et Bernard-Othon de Niort. La situation se corse cependant avec le début de la croisade royale en 1226 : Cabaret et ses habitants résistent à l’armée royale durant trois ans, avant de se soumettre en 1229. Le roi y installe alors une garnison.

 

FORTERESSES ROYALES

Vers 1238, les autorités royales envisagent de modifier la fortification du site et commencent à réquisitionner les habitants des villages voisins. Après l’insurrection en 1240 de Raymond II Trencavel, qui tente de reprendre la Cité de Carcassonne, le roi de France affirme son pouvoir en donnant l’ordre de raser l’ensemble du castrum de Cabaret – les trois châteaux, le village, son église et son cimetière – ainsi que les bourgs de la Cité de Carcassonne.

Sceau de Raimond II Trencavel, avril 1247 -Archives nationales Paris-J-295-n°22 - moulage du service des sceaux D 760 Cliché : Archives départementales de l'Aude

Par la suite, le roi fait procéder au réaménagement du site : de nouveaux châteaux, de dimensions assez réduites, sont édifiés au sommet de la crête, sur le modèle de la Cité de Carcassonne et des nouvelles techniques défensives de l’architecture philipienne. Trois d’entre eux reprennent le nom des anciennes tours seigneuriales (Cabaret, Surdespine et Quertinheux) ; un quatrième comble l’espace entre Cabaret et Surdepine, la Tour Régine.

Chaque tour est occupée par une petite garnison royale dont la constitution est attestée par un texte de 1260 : à Cabaret, un châtelain, un chapelain, un charpentier et un sergent ; à Tour Régine, à Quertinheux et à Surdespine, un châtelain et deux sergents. Comme dans les autres forteresses royales, tous les membres de la châtellenie, ainsi que leurs familles, sont exonérés d’impôts (la taille). Un statut confortable qui assure au roi la fidélité de ses garnisons et d’une partie de la population.

Dans le même temps, comme il le fait à Carcassonne en créant la bastide sur la rive gauche de l’Aude, le roi déplace de l’autre côté de la rivière Orbiel la population du castrum détruit en 1240. Le nouveau village, établi dans les années 1260-1270, prend l’appellation de Ripparia Cabareti (Rivière de Cabaret), jusqu’à la Révolution française, où il prend le nom actuel de Lastours.

Durant les guerres de religion au XVIe siècle, les châteaux subissent plusieurs modifications, notamment la construction des courtines extérieures, avant d’être progressivement laissés à l’abandon. La vallée de l’Orbiel, en contrepartie, voit se développer au XIXe siècle une industrie textile florissante, avec notamment l’implantation de l’usine de draps Rabier dans le village de Lastours. Reconnaissable à sa haute cheminée, elle abrite aujourd’hui le centre d’accueil des châteaux.

DESCRIPTION DU SITE

Tels qu’ils apparaissent aujourd’hui, les quatre châteaux de Lastours datent essentiellement de leur reconstruction par le roi de France à partir du milieu du XIIIe siècle. Leur adaptation au relief montagneux témoigne de l’ingéniosité militaire de l’époque.

VUE D'ENSEMBLE

En observant le site de loin, étagé sur une crête rocheuse totalisant près de 12 hectares, soit à peu près la superficie de Carcassonne, on peut se demander pourquoi avoir préféré bâtir quatre petits châteaux indépendants plutôt qu’une seule et grande forteresse. Dans un souci d’adaptation au relief et d’économie de moyens bien sûr, mais aussi dans la logique de défense active prônée par le modèle philippien : chaque château en commande un autre. Si l’un est pris, l’autre pourra assurer sa défense, et ainsi de suite. À chaque promontoire donc, sa tour fortifiée, son corps de logis, sa citerne, son châtelain et ses sergents. Pour accentuer l’indépendance de chaque château, les ingénieurs royaux n’hésitent à faire tomber le plafond des grottes, créant ainsi des fossés entre les édifices.

Et malgré leur petite taille, les châteaux forment de loin un effet en « trompe-l’œil » très impressionnant, renforçant ainsi leur rôle défensif.

Depuis le centre d’accueil, un sentier serpentant à flanc de montagne permet d’accéder aux châteaux en une vingtaine de minutes à pied. À mi-pente, on traverse le fameux « Trou de la cité », cavité rocheuse ainsi nommée en raison d’une légende qui voudrait la relier par un impossible souterrain à la Cité de Carcassonne. C’est ici que furent retrouvés les restes de la princesse au collier (voir plus haut « Histoire »).

CABARET

Situé au nord de l’éperon rocheux et bâti sur une falaise surplombant directement la rivière Orbiel, le château de Cabaret était sans aucun doute la pièce maîtresse du dispositif défensif conçu ici par les autorités royales. Son nom fut longtemps utilisé pour désigner l’ensemble du site et sa garnison était la plus importante des quatre châteaux, comprenant même un chapelain.

L’édifice se compose d’un donjon pentagonal, d’un logis et d’une tour carrée, reliés par une courtine. Deux citernes sont également visibles – l’une dans le logis, l’autre près de la courtine nord.

Le donjon, restauré en 2016 par le conseil départemental, laisse apparaître plusieurs pierres d’angle de calcaire clair soigneusement taillées et contrastant avec le reste des pierres réutilisées de l’ancien castrum. Leur emploi témoigne d’une importation de matériaux plus beaux et plus chers, destinés à marquer la suprématie royale. Les sept archères et la forme pentagonal du donjon, avec sa pointe en éperon, illustrent quant à elles les nouvelles stratégies de défense active : se positionner au milieu de l’ennemi et multiplier les angles de tirs. Du rez-de-chaussée, vouté en berceau brisé, un escalier à vis, tout entier pris dans l’épaisseur du mur et aujourd’hui ruiné, conduisait à deux salles, dont la plus haute est voûtée sur croisée d’ogives.

Un second escalier flanquant le mur nord du logis menait au sommet des remparts et au chemin de ronde.

TOUR RÉGINE

La Tour Régine, qui signifie « tour de la reine », symbolise par son nom la prise du pouvoir par l’autorité royale au XIIIe siècle. Son architecture présente de nombreuses similitudes avec celle des tours de Carcassonne et offre ainsi l’exemple le plus avéré du modèle philippien sur le site de Lastours. D’une superficie plus réduite que Cabaret, le château se compose d’une petite enceinte, aujourd’hui passablement ruinée, et d’une tour circulaire, percée d’archères à étrier et autrefois couronnée de hourds, comme en témoignent les trous de boulins de la partie supérieure. À l’intérieur subsistent les vestiges d’une citerne, la plus grande du site, et une remarquable coupole en limaçon (une seule rangée de pierres disposées en spirale). Un escalier à vis desservait l’ensemble des étages, dont le dernier est voûté sur croisée d’ogives.

SURDESPINE

Plus au sud, parfois appelé aussi « Fleur Espine », le château de Surdespine est juché au sommet de la crête d’où, par temps clair, on voit Carcassonne. Il est constitué de deux logis rectangulaires séparés par une citerne et protégés par une enceinte polygonale. L’ensemble est assez mal conservé, mais on peut se glisser dans les salles voûtées de la citerne, aux murs enduits de tuileau, mélange de chaux et de tuiles brisées à la couleur rose-orangé qui garantissait l’étanchéité.

QUERTINHEUX

Ce dernier château est situé au sud du site, perché sur un piton isolé en contrebas des trois autres. La tour circulaire, comparable à la Tour Régine, est de construction soignée ; elle comprend un rez-de-chaussée et deux étages. Ce dernier possédait une voûte, aujourd’hui effondrée, et dont on ne voit plus que le départ des six nervures. Mis à part le rempart sud, assez bien conservé avec son chemin de ronde, et la citerne, dont la voûte est visible, la partie basse du château est très ruinée. La terrasse supérieure est mieux préservée ; enserrée de murs et creusée d’une autre citerne, elle devait être occupée par le logis et protégée au nord par un éperon.

LE VILLAGE CASTRAL

Grâce aux chantiers de fouilles et d’insertion menés depuis les années 1980 à Lastours, on peut désormais visiter, en contrebas du site, deux quartiers de l’ancien village castral (XIe-XIIIe siècles) démantelé à partir de 1240 sur ordre du roi. Au nord, entourant un château primitif, un ensemble de maisons, de forges, de citernes et une rue pavée ; au sud, les ruines de la chapelle romane Saint-Pierre-de-Cabaret (fin XIe-début XIIe siècle), entourée d’un cimetière, de plusieurs maisons, de citernes et d’une forge. Les fouilles ont également livré de nombreux objets de la vie quotidienne : céramiques grises, clés, boucles et accessoires de vêtement, ustensiles et outillages. Elles permettent de donner une idée assez précise de la vie quotidienne au moment de la croisade.

LES CHÂTEAUX DE LASTOURS EN IMAGES

CHÂTEAUX DE LASTOURS

22 route des Quatre-Châteaux

11 600 LASTOURS

Tél. 04 68 77 56 02

Fax 09 67 52 56 02

www.chateauxdelastours.fr